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Pour la première fois de l'histoire de l'humanité, une équipe de chercheurs chinois a effectué des modifications génétiques sur des embryons humains. Des recherches contestées, qui ont soulevé les protestations de la communauté scientifique internationale.
"Une ligne rouge a été franchie"

J'aime beaucoup ces expressions lexicalisées colorées : une ligne rouge, ou jaune d'ailleurs, on peut aussi dire que la journée de mercredi a été marquée d'une pierre blanche. Ou d'une croix noire. Bref, tout ces clichés pour dire qu'aujourd'hui n'est plus tout à fait pareil qu'hier, qu'une étape a été franchie, une porte ouverte, une boite de Pandore, qui sait ?

embryon de 8 cellules
embryon de 8 cellules

Bref, trêve d’atermoiements. Mercredi, avant-hier donc, un groupe de chercheurs chinois a annoncé avoir effectué, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, des modifications génétiques sur des embryons humains.

Voilà. On y est. C'est pas comme si ça ne nous pendait pas au nez hein... cette fois-ci, c'est fait, les résultats ont été publiés quasiment en loucedé, dans une petite revue Protein & Cell – Nature et Science ont refusé l’article pour des raisons éthiques. Alors, avant de pousser des cris d'orfraie (une autre belle expression lexicalisée... vous savez peut-être que l'orfraie, qui est un nom utilisé pour désigner plusieurs rapaces est une confusion étymologique d'effraie... de la chouette effraie, qui pousse au moment d'attaquer sa proie des cris stridents inquiétants d'où "pousser des cris d'orfraie", des cris d'angoisse et d'inquiétude... mais je m'égare) ; avant donc de pousser des hurlements d'angoisse et d'inquiétude, voici en quoi ont consisté précisément les expériences menées par ces scientifiques chinois.

Tout d'abord, les chercheurs précisent que leurs expériences ont été menées sur des embryons non viables , obtenus auprès de cliniques de fertilité qui réalisent des FIV, des fécondations in vitro.

Ensuite, l'objectif de l'expérience était de modifier un gène responsable d'une maladie génétique grave du sang, la bêta-thalassémie, ou maladie de Cooley, une anémie chronique qui entraîne malformation, nanisme, disproportion de plusieurs organes ; les enfants atteints d'une forme grave de cette maladie et qui ne sont pas traités dépassent rarement l'âge de 20 ans.

Et pour modifier ce gène dans les embryons, les chercheurs chinois ont eu recours à une méthode développée par une microbiologiste française, Emmanuelle CHARPENTIER. Technique aujourd'hui bien connue des généticiens, le CRISPR/Cas9 ; ça a un nom un peu barbare, c'est en gros une protéine qui permet de couper l'ADN et de cibler un gène précis dans une cellule pour le modifier.

L'équipe chinoise est donc intervenue au tout début du stade embryonnaire, juste après la fécondation, lorsque l'embryon n'est encore constitué que d'une seule cellule, pour tenter de modifier ce gène de la thalassémie.

Et, de l'aveu même des chercheurs chinois, leurs essais se sont soldés par un quasi-échec : sur les 86 embryons inclus dans l'expérience, 71 ont survécu, et seulement 28 ont vu leur code génétique modifiés, mais souvent en dehors du gène visé. Seule une toute petite fraction d'entre eux présentait un génome privé du gène de la thalassémie.

Avec un tel taux d'échec pour de la manipulation du génome d’embryons humains, on est donc bien loin de pouvoir crier à la révolution génétique.

D'autant que, vous vous en doutez, une très large majorité de la communauté scientifique a hurlé au franchissement des règles de la bioéthique, dont le consensus international consiste à dire qu'il est interdit de manipuler génétiquement les embryons humains, pour tous les fantasmes d'eugénisme que l'on peut imaginer, mais aussi pour des principes de précaution très clairs - que l'on aime ou non ce concept de principe de précaution - à savoir que faire de l'ingénierie génétique sur un embryon, c'est introduire des gènes modifiés pas seulement sur un individu mais sur toute une lignée, avec des conséquences à court, moyen et long terme dont on n'a strictement aucune idée aujourd'hui.

Mais rassurez-vous, donc, si cette première expérience de modification génétique de l'embryon humain s'est soldée par un quasi-échec, ça ne saurait durer… selon les chercheurs chinois, au moins quatre autres équipes dans le pays travaillent en ce moment même sur des expériences similaires. Bienvenue à Gattaca.

L'équipe
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