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Cannabis repetita

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi vous parler de cannabis ce matin ? Pas pour vous suggérer de passer l'hiver un peu plus détendu, non, mais pour ses applications thérapeutiques.

Ça n'a rien de bien nouveau, me direz-vous, on sait que les cannabinoïdes, les principes actifs du cannabis, peuvent-être utilisés en médecine. Récemment la France vient même d'autoriser, de façon TRES TRES TRES TRES TRES encadrée, la commercialisation, pour 2015, du Sativex, un spray destiné aux patients atteints de sclérose en plaque.

enseigne d'un dispensaire de cannabis aux Etats-Unis
enseigne d'un dispensaire de cannabis aux Etats-Unis Crédits : Laurie Avocado

On sait également, et c'est un peu moins connu, que deux cannabinoïdes, le THC - c'est celui qui fait que vous ricanez bêtement en regardant Bob l'Eponge, Marc - le principe psychoactif du cannabis, ainsi que le cannabidiol, le CBD (ce sont les deux mêmes qui sont contenus dans le Sativex)... on sait que ces deux molécules ont des effets anti-tumoraux.

C'est même une équipe de chercheurs de Marseille qui avait, entre autre, mis au jour les mécanismes qui font que ces cannabinoïdes ralentissent de façon très nette la formation des tumeurs.

Je vais vous raconter comment - moi j'aime bien qu'on m'explique comment les choses marchent à l'intérieur. Eh bien en fait, le THC et le CBD déclenchent sur les cellules malades ce qu'on appelle l'apoptose. C'est-à-dire une commande d'auto-destruction de la cellule. En clair, les cannabinoïdes forcent les cellules cancéreuses à se détruire elles-mêmes.

Or, une équipe londonienne cette fois vient de confirmer il y a quelques jours cette vertu des cannabinoïdes, et en particulier sur une forme de cancer extrêmement invasive et compliquée à traiter : le gliome, ou tumeur du cerveau.

C'est l'un des cancers les plus meurtriers, le taux de survie à 5 ans est à peine de 10%. Or, les cannabinoïdes se fixant naturellement sur les cellules cérébrales – d'où le ricanement devant Bob l'Eponge – l'équipe londonienne a obtenu des résultats très encourageants, en associant les deux cannabinoïdes à un traitement de radiothérapie, association qui a fait régresser de manière significative et parfois spectaculaire les tumeurs.

Qui plus est, avec des dosages de THC extrêmement réduits, en dessous des seuils psychoactifs, ce qui, en soi, est rassurant pour ne pas obliger les patients à se sentir les dents qui poussent, ou au contraire un peu triste, parce que quand on est atteint d'une tumeur au cerveau, un peu de détente cannabique, on se dit que ça ne peut pas faire grand mal.

Arrive alors la question que tout le monde se pose : pourquoi les dérivés du cannabis sont-ils toujours regardés avec autant de suspicion par la société dans son ensemble, et par les décideurs publics en particulier, alors que l'on utilise sans ciller depuis des années la morphine, produit dérivé de l'opium et cousine de l'héroïne, qui en terme d'usage dit « récréatif » (on met des très gros guillemets), est autrement plus mortelle que le cannabis ?

Et bien c'est précisément à cause de la morphine, et de l'industrie pharmaceutique derrière, qui en découvrant les vertus des molécules issues des opiacées dans les années 30, a tout fait pour discréditer les dérivés de ces autres molécules concurrentes qu'étaient les cannabinoïdes.

Et figurez-vous qu'aujourd'hui, comme je vous le disais, la France est l'un des pays avec la législation la plus dure contre les dérivés cannabiques, y compris à usage médical. Or, faut-il y voir un hasard, la France est également, avec l'Australie, l'un des leaders mondiaux en production de morphine.

Comme toujours, ces recherches sur le gliome, qui ont été faites sur des souris, doivent être maintenant confirmées par des essais sur l'homme. Pas la peine donc de vous précipiter chez votre revendeur local, au coin de la rue pour lui commander un stock pour l'hiver, en prétextant que c'est un traitement prophylactique contre le cancer du cerveau... alors qu'il sait pertinemment que c'est juste pour passer encore un dimanche à ricaner devant Bob l'Eponge.

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