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Des lettres et des chiffres

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce n'est pas tant que j'ai passé mon week-end à me faire le replay intégral des Chiffres et des Lettres de la semaine en ordre chronologique inversé, ça c'est habituel. Non, les lettres, ce sont les 3 initiales acronyme du FBI ; et les chiffres, ça pourrait être le 1984 de Georges ORWELL, c'est plus littéralement un histoire de chiffrement, d'encryptage des données sur les téléphones portables, que le FBI veut pouvoir contourner pour avoir accès, et bien grosso modo à tout ce qu'il y a à l’intérieur.

FBI
FBI Crédits : Stefanoka

Vous savez, dans la vie, je suis un garçon plutôt naturellement confiant : confiant dans l'autorité, confiant dans la parole publique, tout l'inverse d'un grand paranoïaque qui voit du complot ou de la surveillance partout... non vraiment, au fond, je suis un garçon légaliste.

Et pour une raison obscure, en lisant un papier l'autre jour sur le chiffrement des SMS, je me suis retrouvé sur le magasin virtuel de mon téléphone portable, face à des applications qui permettent, précisément, d'encrypter tous les messages sortants ou entrants sur votre téléphone. Je suis resté interdit, pendant quelques minutes, en me demandant bien quel intérêt pourraient trouver les services de renseignements à venir lire les textos (assez pathétiques, il faut bien le dire) que j'envoie à mon ex à 3h et demie du matin, ou les « t'es où » ou « t'as combien de retard cette fois » que j'envoie à mes amis proches, et, vous l'aurez compris, pour la plupart retardataires.

Bref, je rangeais donc mon téléphone dans ma poche en souriant, en me disant que vraiment il y avait de ces paranos pour développer ces applications, non mais franchement.

Ça, c'était jusqu'à hier soir.

Parce qu'hier soir, vous savez, le dimanche soir derrière mon ordinateur, alors que j'hésitais encore dans le choix de mon sujet du matin, entre les bactéries de vos intestins qui sont jetlagués tout comme vous après un long vol, ou le fait que les propriétaires de chats sont plus intelligents que les propriétaires de chiens (ce qui aurait encore vexé Mathieu CONQUET, vu que de nous deux c'est moi qui ait un chat).

Bref, je tombe sur cette information, qui émane du directeur du FBI, James COMEY. Le monsieur a déclaré, à l'occasion d'un sommet sur le renseignement et la sécurité nationale à Washington, qu'il réprouvait très largement les choix en termes de sécurité récemment faits par Apple et Google.

Quels sont ces choix ? Et bien il s'avère que les derniers systèmes d'exploitation des deux sociétés, IOS et Androïd, chiffrent les données des smartphones par défaut. C'est-à-dire que quand vous envoyez un SMS, un mail, une photo, bref, n'importe quel type de donnée depuis votre téléphone, il passe par une clé de cryptage.

Et bien le directeur du FBI a demandé, très officiellement, à Apple et Google d'ouvrir une back-door dans leurs système d'exploitation. Une back-door, c'est en gros une erreur volontaire dans le chiffrement qui peut être utilisée pour rentrer dans les appareils, back-door qui pourrait être utilisée tout à fait légalement par les autorités pour lire les données personnelles puisqu'en chiffrant les données, Apple et Google sont accusées, très sérieusement par le directeur du FBI, d'empêcher le gouvernement américain d'appréhender terroristes et pédophiles.

Apple et Google sont pourtant loin d'être exemplaires en matière de protection de données : eux et Microsoft ont déjà copieusement collaboré avec la NSA, la National Security Agency par le passé. C'est justement pour se refaire une image auprès de l'opinion publique que les deux firmes se sont lancées dans la course au cryptage.

Le directeur du FBI a annoncé que si Apple et Google ne collaboraient pas, il pourrait convaincre le gouvernement américain de légiférer pour les forcer à le faire.

Il est vraisemblable que les deux firmes fassent de la résistance, profitant de ce coup de pub inattendu pour se poser en parangons de la protection des données individuelles.

Et moi qui ai confié toute ma vie, jusqu'à mes empreintes digitales à mon téléphone, et bien à force de coups de boutoirs sur l'accès à ma vie privée, je suis un peu moins légaliste qu'avant, même si je me demande vraiment ce qu'il peut bien vouloir aux textos à mon ex, le directeur du FBI.

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