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Docteur Facebook et Mister Google

4 min
À retrouver dans l'émission

Qui eut cru, au début des années 90, que ces lignes de codes grises qui se chargeaient sur votre écran d'ordinateur - on appelait ça des pages hypertexte, c'était la modernité, avec le téléfax et le minitel - qui eut cru que ce seraient ces pages grisâtres avec des liens bleus qui devenaient violets quand vous cliquiez dessus... qui eut cru, donc, que ce serait par cet outil tout nouveau, appelons-le « les internets », que poindraient, 25 ans plus tard, les premières promesses de vie éternelle ?

Certainement pas vous, Marc !!

la santé 2.0
la santé 2.0 Crédits : jfcherry

Et pourtant... je vous parle ici, régulièrement, des progrès de la recherche en médecine, dans la lutte contre telle ou telle maladie. Par exemple, tout récemment, une équipe française, celle du professeur Paul HOFMAN de l'hôpital universitaire de Nice, vient de mettre au point un test de dépistage TRES précoce du cancer du poumon. Par une simple prise de sang, qui permettrait d'anticiper l'apparition des tumeurs. Vous imaginez en termes de prophylaxie ce que ce test pourrait permettre... il y a près de 30 000 cancers du poumon déclarés chaque année en France, dont l'apparition pourrait être anticipée.

Mais voilà, ce n'est pas de ces recherches tout aussi ponctuelles qu'essentielles dont je vais vous parler ce matin.

Ce matin, je vais vous parler de la médecine perlimpinpin : celle qui vous promet jeunesse, beauté, santé et vie éternelle. Et ce n'est pas le docteur qui promet aussi sur un petit bout de papier le retour de la personne aimée en 48h ou la levée du mauvais œil.

Non, ce sont les fleurons de l'industrie numérique mondiale : Google, Apple Facebook ou Amazon – on les appelle les GAFA - qui comptent bien, chacun à leur manière, s'emparer de votre carnet de santé.

C'est déjà fait pour Apple avec sa nouvelle application Healthkit sur tous les Iphone ou Ipad, qui vous suggère de monitorer votre santé, votre poids, votre rythme cardiaque, votre alimentation etc.

Facebook est sur le point de créer des communautés de malades sur son réseau social, communautés qui auraient pour vocation un soutien, un partage d'expérience autour de pathologies communes.

Quant à Google, et c'est certainement là le plus intéressant, le patron de la firme, Larry PAGE s'est ouvertement donné comme objectif de faire avancer l'eséprance de vie de 20 ans d'ici 2035 ; il a à ce propos créé une société, CALICO, filiale à 100% de Google, dont les visées sont très clairement transhumanistes, c'est-à-dire d'amener l'homme à dépasser sa condition mortelle.

La dernière découverte qui vient de sortir des laboratoires Google, c'est une pilule qui contient des nanoparticules. Ces nanoparticules, ce sont de toutes petites molécules, 2000 fois plus petites qu'une cellule, et qui vont aller se fixer, à la manière d'aimants, sur un certain nombre de marqueurs de pathologies qui apparaissent dans l'organisme, AVANT que la pathologie ne se déclare.

Elles sont ensuite reliées à une montre ou à un appareil, portée à l'extérieur du corps, qui analyse ces données, et qui permet donc de prévenir l'apparition de ces pathologies. Il est par exemple question de détecter les enzymes que sécrètent les plaques artérielles avant de se rompre, et donc d’anticiper un futur infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Ce qui est un pas gigantesque : on passe d'un diagnostic réactif à un diagnostic proactif. On traite la maladie avant qu’elle n’apparaisse.

Alors je vous entends déjà avancer l'argument de la préservation de la vie privée par ces géants d'internet qui s'immiscent partout dans notre quotidien le plus intime, et du partage des données médicales en dehors de tout cadre professionnel et déontologique, et, en bout de course, du spectre de la société totalitaire qui survient immédiatement dans son sillage. Un seul exemple à ce titre : celui du patron de notre Doctissimo français, Laurent ALEXANDRE qui répond à cette question de la confidentialité : « Si des gens veulent garder leurs informations personnelles et mourir à 80 ans au lieu de les livrer à Google et mourir à 130 ans, ils en auront le droit. Moi, je ferai le choix contraire. »

Voilà qui pose bien, me semble-t-il, les termes de l'appauvrissement des débats d'éthique médicale que les années à venir nous réservent : tandis qu'ici en France des chercheurs se battent avec des budgets qui fondent un peu plus chaque année, là-bas, en face, la recherche déréglementée a fini par échapper à la sphère médico-scientifique pour atterrir dans les mains de ces nouveaux acteurs qui, à défaut de se soucier d'éthique ou d'une quelconque déontologie, peuvent en revanche se prévaloir d'avoir sous leur coude la plus vaste patientèle que l'on puisse imaginer.

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