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On a du pétrole, et c'est tout

4 min
À retrouver dans l'émission

Nous sommes en 1979, 8 ans avant l'inauguration de l'IMA. Michel SARDOU, cheveu long en polo moulant à rayures, devant un dromadaire chante « Ils ont du pétrole, et c’est tout » sur les plateaux télé, avec derrière lui GAINSBOURG, manifestement bien en forme, qui se dandine au milieu de jeunes femmes légèrement voilées ; la doxa n'est pas tout à fait la même hein, vis à vis du Monde Arabe, toujours est-il que s'ils ont du pétrole, et nous tout le reste, le bon vin, le bon pain, le Paradis Latin, les Grands Magasins et j'en passe... eh bien 35 ans après, on va peut-être enfin faire mentir Michel SARDOU, et ENFIN... ENFIN, avoir du pétrole !

usine de fracturation hydraulique, Pennsylvanie
usine de fracturation hydraulique, Pennsylvanie Crédits : Ruhrfisch

C'est vrai, quoi.

Ségolène ROYAL n'a-t-elle pas déclaré hier qu'elle voulait relancer le nucléaire en France, et la construction de réacteurs nouvelle génération pour remplacer les anciennes centrales ?

Bon. Et si le gouvernement relance le nucléaire, à rebours de ses engagements de réduire la part de l'atome dans le mix énergétique français, il n'y a AUCUNE raison pour qu'il ne revienne pas non plus sur le moratoire décidé en 2013 sur la recherche et la production de gaz de schiste, d'huile de schiste et demain, pourquoi pas, nous pourrons enfin nous lancer dans l'exploitation des sables bitumineux, et comme aux États-Unis, devenir enfin indépendants en termes de production pétrolière, ce qui contribuera à n'en pas douter à l'accélération de la baisse des cours du pétrole et à la chute des prix de l'essence, et youkaïdi, youkaïda, nous pourrons vivre encore des dizaines et des dizaines d'années sur l'énergie fossile ainsi récoltée, et piétiner joyeusement les accords qui n'auront de toutes façons pas été ratifiés par quiconque à la conférence Paris Climat 2015 au mois de septembre prochain.

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça ce matin ?

Non pas pour vous rappeler les prévisions des climatologues que je vous serine a minima une fois par semaine, et l'augmentation prévisible de la température du globe de 4 à 5 degrés d'ici la fin du centenaire et les conséquences catastrophiques que cela va finir par avoir. PAS DU TOUT.

Non, c'est vrai, je suis là pour vous parler de l'actualité des sciences, et donc observer notre environnement de façon pragmatique, en laissant de côté toute considération idéologique – ce qui est, vous en conviendrez, mon grand fort.

Voilà donc. L'extraction des gaz et des huiles de schiste, dont on sait, a priori , qu'elles ne font pas grand bien aux couches sédimentaires profondes dans lesquelles ont injecte à haute pression des liquides particulièrement toxiques. Bon. Eh bien figurez-vous qu'une étude de la Société Sismologique Américaine vient de révéler que la fracturation hydraulique, non content d'être hautement toxique, est à l'origine d'une série de tremblements de terre dans l’Ohio, à proximité d'une usine d'extraction. En tout, 77 microséismes ont été recensés sur une période de 15 jours.

Pour la plupart, il s'agit de tremblements si faibles qu'ils sont imperceptibles par les habitants de cette région... sauf les plus importants, d'une magnitude de 3 qui eux, ont bien été ressentis dans les villes d'à côté.

Les auteurs de l'étude précisent que ces séismes sont dus au fait que l'extraction a été faite sur une ancienne faille, qui n'avait pas été identifiée au cours de l'implantation de l'usine, et que ce serait donc, d'une certaine façon, la faute à pas de chance, mais qu'il faut tout de même faire attention puisqu'il est difficile, voire impossible d'identifier toutes les failles profondes d'un terrain, principalement lorsque ces failles sont anciennes.

Voilà, je propose donc histoire de pimenter un peu notre accès à des ressources pantagruéliques d'hydrocarbures que l'on installe les complexes de fracturation hydraulique à proximité des centrales nucléaires, ancienne OU nouvelle génération, voire directement à Fessenheim à côté de la zone d'activité sismique.

Mieux vaut investir des millions d'euros dans ce futur énergétique là, c'est vrai, ce n'est pas comme si des chercheurs du Centre de Biologie Cellulaire Bactérienne de Newcastle, en Grande Bretagne, travaillaient d'arrache-pied au remplacement du pétrole dans de nombreux composés chimiques par une simple bactérie, la même que celle que vous trouvez dans votre lessive, et qui pourrait réduire considérablement la part d'hydrocarbures utilisée dans le secteur de la chimie qui en est friand. Vous saviez, vous, qu'il y avait des dérivés de pétrole dans votre crème solaire par exemple ?

Non parce que de la crème solaire, il va en falloir, et pas en petites quantités quand il fera 45 degrés à Dunkerque entre mai et septembre...

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