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Encore une petite partie ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Vous venez de parler de drogue toute la matinée, je vais vous parler d’un autre type de drogue, certes moins nocif mais tout aussi rentable. Vous jouez, vous sur votre téléphone ? à Candy Crush ou à Fruit Ninja ce genre de choses ?

partie de Tetris
partie de Tetris Crédits : Cooljeanius

Bon, au cas où vous ayez vécu ces 2 dernières années dans un habitat troglodyte au fin fond du massif du Morvan ou que vous soyez électrosensible et donc à distance de tout appareil qui diffuse des ondes, Candy Crush, c'est ce jeu pour smartphone /auquel on peut également jouer sur Facebook/ qui consiste à aligner des rangées de petits bonbons colorés et qui a rendu la terre entière folle à lier.

500 millions de téléchargements, 93 millions d'utilisateurs chaque jour, pour un total de plus d'1 milliard de parties quotidiennes, une entrée en bourse, au mois de mars dernier, avec une capitalisation de 4 milliards d'euros... bref, Candy Crush, on peut dire que ça marche plutôt pas mal.

Mais pourquoi ce jeu, précisément, rend les gens fous, jusqu'à parfois sortir leur téléphone pendant un dîner juste pour finir un niveau alors que vous êtes en train de raconter les derniers soubresauts /forcément captivants/ de votre vie amoureuse complexe - oui oui, tout à fait, en plein milieu du dîner, IL SE RECONNAÎTRA.

Bref, si vous êtes accro à Candy Crush, et bien, excusez-moi de vous le dire, c'est que vous êtes drogués.

Absolument. Sous ses airs simples, voire un peu bébêtes. C'est vrai, quoi, aligner des rangées de bonbons qui font des petits bruits ridicules en explosant, franchement... et bien Candy Crush est un jeu beaucoup plus complexe qu'il en a l'air.

C'est ce qu'on appelle en mathématique un jeu NP-difficiles. Comme Tetris par exemple, vous vous souvenez de Tetris ?

Et bien c'est pareil : ça a l'air simple, mais en fait on n'y arrive jamais. Ou très difficilement. Les premiers niveaux sont très simples à résoudre, cela procure donc du plaisir au joueur, on s’accoutume, et puis la complexité monte, et la frustration du joueur avec… et on en veut toujours plus.

Il faut préciser que Candy Crush est un jeu dit « free to play », c'est à dire gratuit à l'usage SAUF si vous êtes bloqués sur un niveau, vous pouvez débourser de toutes petites sommes pour avoir des bonus.

Et là où Candy Crush commence à flirter avec la sournoiserie, c'est qu'il joue, très précisément, sur les mécanismes de récompense et de frustration. Je résume : vous commencez à jouer, vous gagnez, votre cerveau vous envoie plein de dopamine, vous savez, la molécule du plaisir - c’est la même que pour la cocaïne - vous êtes content, donc vous continuez parce que c'est valorisant de gagner... et là, TAC ! Cette boucle de plaisir est interrompue brutalement, soit parce que vous avez utilisé vos 5 vies - il faut attendre une demi-heure pour pouvoir rejouer - soit parce que le niveau devient subitement trop difficile.

Dans les deux cas, vous vous retrouvez en position de grande frustration, la tentation est donc TRES TRES forte de dépenser quelques centimes d'euros pour continuer.

Et centimes après centimes, la somme grimpe, jusqu'à plusieurs milliers d'euros par an !!

Ne croyez jamais vos amis qui vous disent qu'il n'ont pas dépensé un copeck sur ces jeux. C'est FAUX ! Tous les joueurs réguliers, ou presque ont déjà dépensé au moins une fois pour pouvoir continuer à jouer.

Vous voyez, on est devant un cas typique d'addiction, qui joue sur la dopamine et les cycles récompense/frustration... comme avec une drogue, quoi.

Voilà donc pourquoi, à l'orée du week-end, alors que vous allez passer un temps infini dans un wagon de train blindé avec une famille nombreuse de 3 enfants en bas âge qui hurlent sans discontinuer depuis le départ de la gare, vous pensiez faire quelques petites parties pour calmer vos nerfs irrités par une semaine de travail bien copieuse... et bien maintenant, vous savez à quoi vous en tenir, bande de drogués !

L'équipe
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