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Extinctions, de 5 à 7

4 min
À retrouver dans l'émission

Selon de récentes études paléontologiques, le nombre d'extinction massives d'espèce sur Terre ne serait pas de 5, mais de 6. De nouvelles preuves attestent d'une diminution radicale d'espèces maritimes il y a 262 millions d'années. Voire de 7, si l'on prend en compte l'extinction en cours, celle de l'anthropocène, une hypothèse soutenue par de nombreux scientifiques.
Vous n’êtes pas sans savoir que notre belle planète a connu, au cours de son histoire, cinq extinctions massives. Des extinctions qui ont conduit à la disparition, depuis le début de l’histoire de la vie sur terre, de 99% des espèces vivantes.

fossile de brachiopodes dans la roche de Spitzberg
fossile de brachiopodes dans la roche de Spitzberg Crédits : Paul Wignall

La plus célèbre étant aussi la plus récente, celle du Crétacé/Paléocène il y a 65 millions d’années, extinction que l'on peut maudire, ou bénir, pour avoir permis à l'échelle de l'évolution de faire de nous, les primates, l'espèce douée d'intelligence plutôt que les sauriens – les dinosaures - qui ont été tous carbonisés, vraisemblablement suite à l’impact d’un astéroïde.

Ces extinctions sont connues, dans la communauté scientifique, comme les « Big 5 ». Or, il s’avère, si l’on en croit l’étude qui vient d’être publiée dans le Bulletin de la société américaine de géologie, que ces « Big 5 » pourraient bien être en réalité les « Big 6 ».

Les paléontologues avaient trouvé, au début des années 90, la preuve d’une vaste extinction d’espèces remontant à il y a 262 millions d’années. Mais cette extinction n’avait pas accédé au statut d’extinction massive pour deux raisons : d’une part, elle n'était à l'époque attestée que dans les latitudes tropicales, suite à des fouilles en Chine. Et d’autre part parce que cette extinction ne précédait que de quelques millions d’années l’extinction suivante… celle du Permien-Trias, il y a environ 250 millions d’années, extinction comprise dans les « Big 5 » et qui a été d’ailleurs la plus massive qu’ait connue la Terre, avec la disparition de plus de 95% de la vie marine, et de 70% des espèces animales et végétales terrestres.

Mais voilà que cette « mini extinction » vient d’accéder au rang des grandes grâce à de nouvelles analyses fossiles conduites en Norvège, sur des roches de l’île de Spitzberg, sur une autre latitude, donc, que les prélèvements chinois. Et en examinant les roches fossilisées, les chercheurs ont trouvé un brusque et important décrochage du nombre d'espèces de brachiopodes ; il s'agit de mollusques, très proches des coques actuelles, qui peuplaient massivement les mers de cette époque du Capitanien.

Les populations de mollusques se reconstituent par la suite, pour rechuter quelques 8 millions d'années après, pour l'extinction suivante, celle dont je vous parlais, la plus importante, celle du Permien.

Ces analyses indiquent donc qu'il y a eu deux extinctions distinctes, relativement « proches » à l'échelle de l'histoire terrestre, avec une période de rétablissement entre les deux échéances, mais que l'une n'était en rien la préliminaire de l'autre. Et donc, in fine , que cette extinction du Capitanien, il y a 262 millions d'année, vraisemblablement due à une raréfaction de l’oxygène dans l’atmosphère et à une acidification des océans, est une extinction de masse, qui a sa place aux côtés de ses congénères, dans ce qu'on peut dorénavant appeler les « Big 6 ».

Mais, attentif que vous êtes Hervé, et passionné par le fait scientifique, contrairement à votre illustre collègue d'habitude ici présent, et en route pour les côtes italiennes, vous me direz que je parlais d'un passage de 5 à 7, et vous auriez bien raison.

Parce que la 7ème extinction de masse, une extinction toujours putative, elle, serait l'extinction en cours. Celle de l'Holocène, c'est notre époque géologique - ou plutôt de l'anthropocène, tel que de nombreux scientifiques souhaitent la nommer, du fait de l'influence, nouvelle dans l'histoire de la Terre, de l'activité humaine sur le climat. A titre d'exemples, l'homme déplace aujourd'hui plus de sédiments et de roches par son activité minière que les rivières et les fleuves du monde entier. Le cycle de l'azote, du fait de l'agriculture intensive, a été tellement bouleversé qu'il faut remonter à 2 milliards et demi d'années pour trouver un changement équivalent.

Alors, je vous le disais, cette 7ème grande extinction n'est elle, absolument pas attestée, même si le rythme de disparition des espèces est de plus en plus inquiétant : un célèbre biologiste britannique estime que d'ici 100 ans, la moitié des espèces animales aura disparu, et que plus de 70% des espèces végétales sont en danger, sans parler de la population des espèces sauvages qui, elle aussi, est en chute libre... extinction que l’on peut imputer aux changements climatiques récents, mais que plusieurs scientifiques font en fait remonter au développement de l’agriculture et à la rationalisation de l’utilisation des sols.

Pour conclure, marque des temps qui change : dans le futur Museum d'Histoire Naturelle de Washington, qui doit rouvrir ses portes en 2019 après rénovation, à côté des squelettes de Tyrannosaure et de Tricératops, dans la grande galerie, figurera un squelette... d'Homo Sapiens. On peut raisonnablement espérer que l’espèce humaine ne sera pas encore éteinte, comme ses illustres prédécesseurs, d’ici quatre ans... mais en tout cas, c’est un intéressant et involontaire rappel que nulle espèce n'est maîtresse de la planète, après tout.

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