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Ivre de soi

3 min
À retrouver dans l'émission

Un britannique de 34 ans se plaignait de se réveiller chaque matin avec des symptomes de gueule de bois sévère, sans pour autant boire d'alcool. Il a été diagnostiqué d'un trouble assez rare : le syndrome d'auto-brasserie.
Puisque vous partez tout à l'heure pour l'Espagne, je voulais ce matin vous mettre en garde contre cet air du temps, le printemps qui pointe le bout de son nez, les rayons madrilènes qui dardent sur votre peau blanchie par trop de veilles consécutives, et puis le premier petit verre de Manzanilla qui cogne un peu trop fort et trop vite... et vous savez où ça vous mène tout ça...

levure Saccharomyces cerevisiae
levure Saccharomyces cerevisiae

Et puis je me suis dit que, comme à votre habitude, vous alliez me renvoyer dans les gencives que c'était l’hôpital qui se foutait de la charité, laissant entendre à nos auditeurs matinaux que j'aurais un penchant naturel pour la dive bouteille... je ne compte plus les matins où, face à mes élucubrations scientifiques auxquelles vous ne compreniez pas grand chose, vous m'avez suspecté d'être éméché, et là, d'un coup d'un seul, hier soir, mon sang n'a fait qu'un tour...

Et si, tout compte fait, vous aviez raison.

Non que je me sois découvert, par excès de naïveté, alcoolique du jour au lendemain... point du tout. J'étais tout à fait à jeun hier soir au moment de rédiger ces lignes...

Mais si, à tout hasard, je souffrais du même trouble que ce jeune britannique de 34 ans, Nick HESS, qui chaque matin se réveillait avec des troubles digestifs, un terrible mal de crâne, la bouche sèche... bref, avec une gueule de bois carabinée, alors même qu'il ne consommait pas une seule goutte d'alcool ?

Il aura fallu un an à Nick HESS pour comprendre d'où venait son trouble : il souffrait d'un mal assez rare, et pourtant assez documenté mais également assez controversé dans la communauté scientifique, mal que l'on nomme le syndrome d'auto-brasserie.

Qu'est-ce que c'est que ce syndrome ? Eh bien comme son nom l'indique, c'est quand votre corps se comporte, grosso modo, comme un alambic. Et transforme les sucres que vous ingérez dans la nourriture en alcool. Du coup, plus vous mangez de sucres, plus vous êtes pété... tout seul, sans rien faire.

Ca a l'air drôle dit comme ça mais c'est une condition qui est évidemment très handicapante... Ce qui se passe, en fait, c'est que les personnes atteintes de ce syndrome présentent, dans leur système digestif, et principalement dans l'intestin, des levures du même type que celles qui sont utilisées pour la fermentation alcoolique. Nous avons tous ce type de levure en nous, mais pour les gens atteints du syndrome d'auto-brasserie, elles sont en quantité démultipliées, d'où la transformation excessive des sucres en alcool.

Je vous disais que ce type de syndrome a déjà été documenté et, de façon étonnante, principalement au Japon. Il semblerait que la population japonaise soit plus fréquemment victime de ce syndrome, en partie parce qu'elle est par ailleurs plus touchée par un dosage anormal d'une enzyme du foie, combiné à une nourriture très riche en glucide, à cause du riz.

La conséquence de cette mixture intestinale, c'est qu'elle peut conduire, tout de même, à des concentrations d'alcool dans le sang qui peuvent monter à 0,8 grammes... voire 1,2 grammes par litre dans les cas extrêmes - 1 gramme 2, ça commence à faire une belle petite cuite, c'est l’équivalent de 7 verres de whisky.

Alors heureusement, on soigne très bien ce syndrome de l'auto-brasserie, grâce à des prises d'antifongiques et une réduction des apports en glucide. Mais étonnamment, malgré une publication il y a 2 ans, suite à un cas sévère aux Etats-Unis, un doute continue de planer sur l'existence réelle de ce syndrome, que certains toxicologues refusent d'attester, en assurant que l'alcool ainsi créé dans le système digestif est tout de même traité par le foie, et donc largement inhibé au moment de passer dans le sang... sauf, précisément, dans le cas du Japon à cause de ce problème d'enzyme.

Alors, suis-je comme Nick HESS, perpétuellement ivre de moi-même ? Ou sommes-nous l'un comme l'autre des imposteurs... pour démêler le vrai du faux, allez... je vous propose d'en discuter autour d'un verre...

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