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Kill, Bambi kill !!

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est vraiment pour vous faire plaisir, parce que c'est bientôt Noël et que c'est votre dernier jour avant les vacances Marc, et puis parce que je vous ai suffisamment plombé le moral cette semaine avec mes histoires d'hécatombe post-antibiotiques et d'extinction massive des espèces animales.

Attention, bambi
Attention, bambi Crédits : Simarilius

Donc, souhait exaucé, telle une bonne fée, paré de mon hennin et de ma baguette magique, ce matin, je vais vous parler de Bambi. C'est votre Disney préféré ?

Bon, pour tout vous dire, je m'apprêtais d'ores et déjà à boire ma honte de vous parler des dessins-animés de Disney devant Agnès VARDA, jusqu’à ce que j’entende tout à l’heure que vous aviez été approché par Disney pour une adaptation que vous avez refusée...

Parce qu'outre les chansons et une certaine mièvrerie auréolée du doux souvenir de l'enfance, nous gardons tous, Agnès VARDA y compris, un souvenir traumatique d'un dessin-animé Disney.

Comme la mort de la mère de Bambi...

Voilà, forcément à 5 ans ça laisse des traces... mais on pourrait tout aussi bien parler de la mort de la mère du petit poisson Némo, dévorée par un barracuda dans les toutes premières minutes du film, et même sortir du strict cadre de Disney pour évoquer un film sublime, mais ô combien traumatisant : Brisby ou le Secret de Nihm de Don BLUTH... je ne sais pas si vous vous souvenez de cette histoire de souris et de rats de laboratoires devenues intelligents, prisonniers de la boue qui les engloutit... bref, les dessins-animés pour enfants, ce n'est pas de tout repos.

Et c'est précisément là-dessus que ce sont penchés des chercheurs canadiens, dans une étude parue dans la revue British Medical Journal, pour comparer la violence induite par les dessins-animés pour enfants d'une part – depuis Blanche Neige jusqu'à la Reine des Neiges - et un groupe témoin de films dit « classiques » d'autre part, groupe dans lequel on retrouve aussi bien Pulp Fiction que L'exorciste, donc pas des films franchement tendres avec l'espèce humaine.

Et bien figurez-vous que le résultat de cette étude est édifiant.

Les personnages de dessins-animés ont deux fois et demi de plus de chances de mourir que les personnages de films classiques. Et ça touche particulièrement les héros, ou les personnages principaux, dans deux dessins-animés sur trois, contre seulement un film « classique » sur deux.

Et ces morts sont rarement douces : attaques de bêtes féroces dans « Le monde de Némo » ou « Tarzan », où les parents du héros sont dépecés vivants par des léopards ; meurtres à l'arme blanche dans « La petite sirène » ou « La belle au bois dormant » ou carrément par balles, comme dans « Bambi » donc, mais aussi « Peter Pan » ou « Pocahontas ».

Sans oublier la combinatoire fatale : frappée par un éclair chute d'une falaise écrasée par un rocher et enfin dévorée par des vautours… c’est le sort réservé à la méchante reine à la fin de Blanche Neige.

Conclusion, les films dits « pour enfants » sont nettement plus violents que les films dits « classiques » et confrontent très tôt les enfants à la mort et au deuil, sans forcément que les parents y soient vigilants.

Voilà, donc de deux choses l'une après cette étude : soit vous pouvez n'avoir plus aucun scrupule et regarder Alien ou La Mouche avec vos enfants de 6 ans en vous disant que finalement, c'est pas si pire.

Soit, et c'est ce que suggèrent les auteurs de l'étude, vous restez avec eux et vous n'hésitez pas à évoquer, après le film, ce qu'ils ont compris de la perte et de la disparition... à ce titre, les auteurs saluent le travail scénaristique du Roi Lion qui est, selon eux, un modèle de pédagogie sur la « complexité du travail de deuil ».

Ou sinon, vous pouvez revoir en toute quiétude Peau d'âne, il faudra juste leur expliquer pourquoi « des questions de culture et de législature décidèrent en leur temps qu'on ne mariait pas les filles avec leur papa »...

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