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La bonne triche près de chez vous

4 min
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Houla Marc... comme vous y allez ! Pas TOUS les banquiers bien sûr, loin s'en faut... haha... d'ailleurs j'aimerais faire un petit aparté, et demander à ma conseillère, madame D. de l'agence Paris Gambetta, de bien vouloir éteindre son poste là maintenant, un peu plus tôt que d'habitude et on se voit toujours pour le rendez-vous en fin de semaine.

billets de banque
billets de banque

Bon, voilà.

Alors non, les banquiers ne sont pas tous malhonnêtes Marc, contrairement à ce que vous avancez. Vous savez, on ne devrait pas trop faire les marioles, nous journalistes, parce qu'avec les politiciens, les huissiers et les banquiers, donc... nous faisons tous peu ou prou partie du club assez fermé des professions les plus détestées des français, selon les enquêtes d'opinion.

Néanmoins, trois chercheurs, un américain et deux suisses dont Michel-André MARECHAL, professeur d'économie expérimentale à l'université de ZURICH, ont cherché à comprendre quel effet, quel impact pouvait avoir le milieu bancaire, le milieu de la finance sur les identités professionnelles, et comment ces identités contribuent à construire des comportements plus ou moins éthiques. Ils viennent de publier les résultats dans la revue NATURE.

En gros, est-ce que c'est la finance qui a fait de Jérôme Kerviel un escroc, ou est-ce que Kerviel a fait de la finance parce qu'il était un escroc - c’est un peu l’œuf ou la poule des rapports malhonnêtes à l’argent, je résume à grands traits.

Pour trancher dans ce débat, les trois chercheurs ont réuni une grosse centaine d'employés d'une grande banque internationale, tous secteurs et tous niveaux confondus : finance, conseil, DRH, etc.

Ils ont scindé ce groupe en deux. Au premier demi-groupe, ils posent une série de questions sur leur identité professionnelle, dans quelle banque ils travaillent, à quel poste, quel type de fonctions ils exercent, etc.

A l'autre demi-groupe, ils posent des questions d'ordre général sur leur personnalité.

Après cela, ils soumettent chaque membre de chaque groupe à un jeu tout bête : pile ou face, avec ce petit plus, qui est que le côté face rapporte 20 dollars, et le côté pile rien.

Chaque employé joue plusieurs fois, tout seul dans son coin, sans être observé, ni contrôlé par personne, à l’abri de tout regard.

Quels sont les résultats ? Normalement, au bout d'un certain nombre de lancers à pile ou face, les gains s'équilibrent naturellement à 50% : une chance sur deux de tomber sur face.

Dans le demi-groupe à qui l'on n’a pas parlé de leur milieu professionnel, le résultat est proche de ces 50% : 51,6% de face, de lancer gagnant, c'est statistiquement proche de la normale.

Dans l'autre demi-groupe, celui qui a été placé dans un contexte professionnel, le résultat est bien différent : 58,2% de face, c’est suffisamment loin des 50% pour être statistiquement significatif. Qu'est-ce que ça veut dire ? Eh bien tout simplement que dans ce demi-groupe là, une partie des gens a triché.

Ce que dit cette étude, c'est que les banquiers ne sont pas tricheurs par nature mais par culture ; que c'est le contexte professionnel du milieu bancaire qui les conduits à la malhonnêteté.

L'expérience a été faite de manière similaire sur d'autres secteurs professionnels, ainsi que sur des étudiants : pas de triche notable à l'issue des tests. Elle a en revanche été reconduite sur des employés d'une autre grande banque et bingo, même type de résultats.

Alors, il faut bien sûr relativiser comme toujours... selon une enseignante en économie, citée par le journal Le Monde, le secteur bancaire n'a pas le monopole de la malhonnêteté, et il faudrait reproduire l'expérience sur des hommes politiques par exemple pour quantifier l’appât d'un gain électoral similaire à un gain financier.

L'histoire ne dit pas ce que feraient journalistes... alors Marc, 20 euros sur face... pile ou face ?

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