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La mémoire dans la peau

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment stocker les trilliards de données générés par les flux d'informations de nos sociétés ? Les chercheurs explorent la voie de l'ADN et s'inspirent de la fossilisation.
Soupçonniez-vous, Marc, que la prochaine unité de stockage massif de données... vous la portez sur vous, en vous, partout à l'intérieur de vous ?

Stockage ADN inspiré par la fossilisation
Stockage ADN inspiré par la fossilisation Crédits : Philipp Stössel / ETH Zurich

Alors ne vous inquiétez pas, ce n'est pas encore l'ère de Matrix, on ne va pas vous mettre des câbles partout et vous connecter de force à un ordinateur... quoi qu'on sait jamais, ça pourrait peut-être vous plaire. Non... plus sérieusement, la question du stockage des données est une question technologique et industrielle centrale de notre époque contemporaine. Parce que, vu comme ça, au premier abord, Marc, vous vous dites que les ordinateurs sont de plus en plus puissants... que les puces et les composants électroniques sont de plus en plus petits... et que le stockage est donc de plus en plus simple.

Eh bien Marc, j'aime autant vous dire que vous vous gourez copieusement. S'il est vrai que les capacités de stockage, comme les capacités de calcul des machines, ont augmenté de façon exponentielle... figurez-vous que votre téléphone portable ou votre tablette sont aujourd'hui plus puissants que les ordinateurs de contrôle qui ont servi à envoyer la mission Apollo 11 sur la Lune... si les capacités de stockage ont donc très nettement augmentées... le volume des données a lui aussi grossi de façon exponentielle... pour vous donner un ordre de grandeur, on estime la quantité de données présentes sur l'Internet mondial à plusieurs zettabytes... (je le dis avec l'accent anglais pour éviter les rires gras)... c'est-à-dire en trilliards d’unités... c'est 21 zéros derrière le 1 pour les allergiques aux mathématiques.

Mais... problème corollaire à cette augmentation exponentielle... la durée de vie du stockage est, elle, devenue paradoxalement extrêmement courte. Les multiples serveurs et autres gigantesques disques durs n'ont une durée de vie qui n'excède pas, au mieux, les 50 ans. Pour des raisons technologiques, d'une part... et simplement pour s'adapter à l'augmentation du volume de stockage nécessaire d’autre part.

Alors que faire de ces quantités astronomiques de selfies devant la Tour Eiffel, que vont devenir dans un futur proche la somme édifiante de vos centaines, que dis-je, de vos milliers de tweets Marc... comment feront les prochaines civilisations, celles qui succéderont à l'humanité, pour compulser nos archives et se plonger dans vos multiples et passionnantes photos au Club Med d'Agadir ?

Eh bien la réponse est, comme c'est souvent le cas, sous nos yeux... ou plus exactement à l'intérieur de nous. Quel vecteur d'information a pu nous renseigner sur les populations anciennes, sur les espèces éteintes, sur les mondes qui nous ont précédé et ce malgré les multiples extinctions de masse ? L'ADN...

Cela fait quelques années que la communauté scientifique s'intéresse à l'ADN, cette molécule tout simple, formée de quatre bases, pour pouvoir stocker des données. Une équipe de scientifiques britanniques en a apporté une preuve concrète, il y a un an presque jour pour jour, dans une étude publiée dans Nature, prouvant qu'on pouvait se servir de brins d'ADN pour encoder de l'information de façon très compacte, et donc stocker d'importants volumes d’informations.

Seul petit problème : l'ADN se dégrade avec le temps. Moins rapidement que nos disques durs actuels, moins encore que le vélin, le papyrus et les tablettes d'argile. Et c'est en partie parce que l'ADN se dégrade que vous n'avez pas encore chez vous de clone domestique du tigre à dents de sabre ou de mammouth à poil laineux à la place de votre bon vieux matou.

C'est une équipe suisse, basée à Zurich qui vient de trouver une solution à ce problème. En utilisant, encore une fois, un modèle inspiré de la nature : la fossilisation. En créant une sorte de carapace fossile en silice autour de brins d'ADN encodés avec des informations. Résultat : après avoir chauffé pendant un mois ces sphères en continu à une chaleur de plus de 60 degrés, pour simuler les dommages créés par le temps, les chercheurs ont pu extraire l'ADN et décrypter les données restées quasi-intactes. Ils ont par ailleurs développé un algorithme qui permet de corriger les quelques erreurs de données qui s'étaient logées dans les brins d'ADN.

Les chercheurs en concluent qu'en conservant ces capsules de silice à -18 degrés... l'information pourrait ainsi être préservée intacte pendant plus d'un million d'années.

Voilà. Il faut juste espérer que la civilisation suivante, qu’il s’agisse de cafards ou de méduses évolués, ne fasse pas d'erreur d'interprétation, et n'essaye pas de créer un être vivant à partir de cet ADN... dieu sait ce qui pourrait sortir de vos tweets mélangés à vos photos d'Agadir, Marc

> A redécouvrir : ADN et stockage de données, vers une future "bibiotech" ?

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