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La mémoire dans la peau

3 min
À retrouver dans l'émission

Une équipe de scientifiques japonais avait déjà réussi, il y a 2 ans, à implanter de faux souvenirs à l'intérieur du cerveau d'une souris, grâce à une nouvelle technique, qui a une dizaine d'années, qui s'appelle l'optogénétique. L'optogénétique, c'est le fait de pouvoir activer un ou plusieurs neurones avec une source lumineuse. On allume : le neurone se met en marche, on éteint : le neurone est inhibé.

souris de laboratoire
souris de laboratoire

Il y a 2 ans donc, une équipe japonaise a réalisé l'expérience suivante. Vous prenez une souris, vous la placez dans un environnement particulier qu'elle mémorise. Vous la sortez de cet endroit et vous la mettez dans un autre endroit. Vous activez les neurones de la mémoire avec votre source lumineuse, pour qu'elle se souvienne du PREMIER endroit, tout en lui administrant une petite décharge électrique. Vous la remettez ensuite dans le PREMIER endroit... et bien la souris va exprimer de la peur, parce que dans son souvenir, elle associe cet endroit à la décharge électrique.

Cette équipe japonaise a donc réussi à créer un faux souvenir, et par ailleurs, a montré que la mémoire est stockée, en partie, dans l'hippocampe, cette zone du cerveau qui a été activée par la lumière.

Ça c'était il y a 2 ans. Une nouvelle équipe, de Boston aux Etats-Unis cette fois, est allé un cran plus loin. Parce que les souvenirs ne sont pas que des images neutres que notre cerveau stocke. Ils sont liés à des émotions, qui évoluent dans le temps. Un exemple : vous adorez les fruits de mer, vous avez donc le souvenir, agréable, d'en avoir mangé avec des amis. Et puis un jour vous faites une intoxication alimentaire sévère à cause de fruits de mer... alors tous vos souvenirs, même agréables, vont évoluer vis-à-vis des fruits de mer qui ne vous laisseront plus QUE des souvenirs désagréables. C'est ce qu'on appelle la VALENCE émotionnelle.

Et cette valence, elle n'est pas stockée dans le même endroit du cerveau, elle se situe dans la zone qu'on appelle « l'amygdale », comme celles au fond de la gorge, mais pas au même endroit...

Pour le prouver, voici ce qu'a réalisé l'équipe :

Elle a pris 2 groupes de souris, un à qui elle a administré de petites décharges - mauvais souvenirs - et l'autre qu'elle a laissé en compagnie de souris de sexe opposé - bon souvenirs. Ces souris sont toujours modifiées par optogénétique, il suffit donc d'allumer leurs neurones pour que chaque groupe revive ces émotions.

L'équipe a ensuite inversé les groupes, tout en allumant leur zone cérébrale liée au souvenir : le groupe qui recevait le choc se souvenait en même temps d'être avec des femelles, et vice-versa.Résultat : la valence des souvenirs a été inversée. Les souris qui subissaient une décharge l'ont associée au plaisir, et celles qui étaient avec des partenaires sexuels à la peur.

Alors, qu'est-ce que ça va changer... ?

Et bien pour la science, ça ouvre entre autres d'immenses perspectives de traitement, notamment pour tout ce qui concerne le stress post-traumatique ou les dépressions, pour atténuer la douleur ressentie à la mémoire d'événement violents.

Et pour vous, et bien peut-être que vous pourrez à nouveau un jour remanger des fruits de mer...

L'équipe
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