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Le guéri imaginaire

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Nous serions inégaux devant l'effet placebo : selon de nouvelles études, certaines personnes présenteraient une combinaison de gènes qui les prédispose à être plus sensible à l'effet placebo, études qui vont avoir des conséquences sur la recherche en pharmacologie.
N'en déplaise à nos auditeurs férus d'homéopathie, l'effet placebo – c'est-à-dire guérir sans absorber le moindre principe pharmaceutique actif – c'est une réalité physiologique ; et il s'avère que ce serait peut être même bien une réalité génétique, à savoir que certaines personnes seraient plus sensibles, plus réactives à l'effet placebo que d'autres, et ce, à cause d'une combinaison particulière de gènes.

placebo
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Alors, avant de rentrer dans le détail de cette nouvelle recherche, rafraîchissons nous un peu la mémoire : qu'est-ce que c'est précisément que l'effet placebo ?

C'est le fait de constater l'amélioration de la condition médicale d'un patient, alors qu'on ne lui a administré que des produits d'efficacité pharmacologique neutre, c'est-à-dire sans aucun effet répertorié. Un comprimé de glucose par exemple… Le patient guérit en quelques sortes tout seul.

L'effet placebo est au centre de tous les tests de médicaments et de tous les essais en pharmacologie qu’on appelle « essais randomisés » : on divise les patients en deux groupes tests, l'un reçoit la molécule active et l'autre le placebo. Et l'efficacité de la molécule active est prouvée si elle est notablement supérieure à celle constatée sur le groupe placebo.

Cet effet – découvert et documenté depuis le début du 19ème siècle – est aujourd'hui assez bien connu sur le plan médical. C'est une combinaison d'effets psychologiques et physiologiques : en gros, et en résumé, chez les personnes qui y sont sensibles, les récepteurs du cerveau aux opiacés s'activent, ce qui produit une sensation de bien être, couplée à une libération de dopamine... vous savez, cette molécule qui est liée aux mécanismes de récompense et de plaisir. Les patients se mettent donc, eux-mêmes, dans un état physiologique propice à la guérison.

Jusqu'à présent, on ne savait pas trop bien expliquer pourquoi certaines personnes y étaient plus sensibles que d'autres... on mettait tout ça sur le plan psychologique. Or, cela pourrait être beaucoup plus physiologique qu'il n'y paraît.

C'est en tout cas ce que tendent à prouver les résultats d'une étude menée par une chercheuse de l’École de Médecine de Harvard, Kathryn Hall, et publiée dans la revue Trends in Molecular Medecine. Selon cette étude, la prédisposition à l'effet placebo aurait une composante génétique. Il existerait ainsi 11 gènes qui favorisent, chez ces patients, l'activation de ces mécanismes cérébraux qui conduisent, in fine , à produire l'effet placebo. Il y aurait en fait un génome placebo... un « placebome », tel que l'appellent désormais les chercheurs.

Qu'est-ce que cette découverte change : eh bien peu ou prou toute ou en tout cas une grande partie de la recherche en pharmacologie. Puisque si nous sommes inégaux, génétiquement, et donc physiologiquement devant l'effet placebo, ce sont toutes les procédures de tests de médicaments qui devraient s'en trouver modifiées.

En effet... dans les essais dits randomisés – à plusieurs groupes de patients, dont certains prennent la molécule active, l'autre le médicament placebo - le fait que certains patients du groupes placebo présentent le « placebome », c'est-à-dire la combinaison de gènes qui les rend particulièrement sensibles à l'effet placebo peut, potentiellement, biaiser la lecture des résultats de l'essai.

C'est donc une donnée nouvelle à intégrer à ces essais, et à leur méthodologie. La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que si vous êtes doté de ce « placebome », ma foi... une angine, un rhume, des petites complications gastriques... peu importe, un verre d'eau, une gélule de glucose et hop ! Plus besoin de votre pot belge Marc, pour assurer l'antenne tous les matins...

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