LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Le jeu de l'amour et de la chimie

4 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est-ce que l'amour ? Une série de réactions chimiques dans notre cerveau qui peuvent être isolées, et donc traitées indépendamment les unes des autres. Plusieurs équipes de chercheurs ont travaillé sur d'éventuels traitements contre leurs effets néfastes.
Il existe un remède à l'amour et ça n'implique pas une célèbre pâte chocolatée dont le créateur nous a quitté ce week-end, ni une augmentation de la surcharge pondérale, ni même de retrouver une relique de ce fameux Valentin de Terni, moine martyr du IIIème siècle, transformé en patron des amoureux pour ramener dans le giron de l'Eglise Catholique la très païenne fête des célibataires, certainement héritée des Lupercales, où les jeunes filles, célibataires donc, se cachaient dans les environs de leur village en attendant d'être trouvées par des jeunes garçons, tout aussi célibataires, pour leur être mariés dans l'année... un rituel qu’on imagine un peu moins chaste que la rose rouge et les petits chocolats.

relique de St Valentin de Terni
relique de St Valentin de Terni Crédits : Dnalor01

Ca fait bien longtemps que la science, elle aussi, la médecine précisément, et la neuropsychiatrie particulièrement, s'intéresse au sentiment amoureux, pour en comprendre les ressorts physiologiques et chimiques.

Or, qu'est-ce que l'amour du point de vue de la médecine ? Une série de réactions dans notre chimie cérébrale, qui a pour objectif d'accroître les chances de l'espèce à l'accouplement et à la reproduction. Voilà, c'est sûr que pour le romantisme et les petits cœurs en chocolat, on repassera.

Et ces changements dans notre chimie cérébrale, on peut les caractériser à l'aune des trois types de réactions qu'ils produisent : le désir, l'attirance et l'attachement.

Et à chacun de ces trois types de réaction est conditionnée une réponse physiologique qui, une fois qu'on l'a étudiée, peut être contrée, voire interrompue par des procédés chimiques.

Commençons par le désir. On parle là du désir amoureux du début d'une relation, celui qui vous fait vérifier votre téléphone de manière frénétique pour vous assurer que vous n'avez pas reçu un message, porter sans cesse l'écharpe qu'il ou elle a oubliée chez vous pour garder sur vous son odeur, et autre types de réactions compulsives, qui ne sont pas sans rappeler, précisément, les troubles obsessionnels compulsifs, les TOC vous savez, quand vous ne pouvez pas vous empêcher de vérifier 16 fois d'affilée votre courrier dans la boite aux lettres alors que vous avez bien vu qu'il n'y avait pas de courrier aujourd'hui.

Eh bien figurez-vous que le cerveau d'une personne qui souffre de TOC, et le cerveau d'une personne qui vient de tomber amoureux fonctionnent à peu près de la même façon. C'est ce qu'a démontré une étude menée à l'Université de Pise, en Italie.

Et du coup, ces marques irrationnelles d'attachement au partenaire - marques qui s'estompent d'ailleurs progressivement au bout de quelques mois - eh bien elles peuvent être traitées de la même façon que sont traités les TOC, notamment en faisant remonter les niveaux de sérotonine, ce neurotransmetteur dont les personnes qui souffrent de comportements obsessionnels manquent.

Autre élément, l'attachement. Cette fois, ce sont des tests sur des animaux qui donnent des pistes. Et précisément, sur le campagnol des prairies. Tout à fait : c'est un ravissant petit rongeur qui a la particularité d’être totalement monogame. Ce sont des chercheurs de l'université d'Atlanta, en Géorgie aux Etats-Unis qui se sont rendus compte qu'en bloquant leur production d’ocytocine, une hormone qui influe sur nos comportements sociaux, bingo : je vous le donne en mille, le campagnol des prairies devient… polygame.

D'où une application possible qui permettrait, en faisant baisser les niveaux d’ocytocine en cas de perte ou de syndrome post-rupture sévère, de réduire les effets néfastes du deuil amoureux.

Toujours chez le campagnol des prairies, les chercheurs se sont rendus compte qu'en inhibant une autre hormone, la corticotrophine, cela permettait de réduire significativement le stress chez les individus en deuil après la perte de leur partenaire... etc. etc. etc.

Alors rassurez-vous, on est encore loin de commercialiser une pilule miracle anti dépression post-rupture ou pour tuer dans l’œuf une passion amoureuse néfaste… tout ceci est encore à un stade plus expérimental qu’à visée empirique.

Tout ça pour vous dire que si vous avez passé une bonne St Valentin, tant mieux pour vous. Et que si vous ne croyez pas à la chimie de l'amour, vous pouvez toujours aller à la collégiale St-Jean-Baptiste de Roquemaure ou à l'église St-Pierre de Prades où sont conservées les reliques de Valentin de Terni, pour en faire de la poudre ou un philtre ou ce que bon vous semble, vous aurez peut-être, comme moi je l'espère, un peu plus de chance l'année prochaine.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......