LE DIRECT

Le mal à l'âme

5 min
À retrouver dans l'émission

Le paracétamol, médicament préféré des français, aurait des effets insoupçonnés sur nos émotions et tendrait à émousser l'amplitude et la force de notre ressenti, selon de récentes études américaines.
Le paracétamol : le médicament préféré des français. Avec autour de 300 millions de comprimés chaque année, loin, très loin devant l'aspirine, le paracétamol est devenu depuis de nombreuses années notre antalgique favori.

paracetamol
paracetamol

Personnellement, je lui ai même trouvé un petit nom : je l'appelle « l'ami du dimanche matin ». Un petit mal de crâne, un vin blanc un peu persistant... ou une petite fièvre, un petit état fébrile... hop, un comprimé et on n'en parle plus.

Bon alors avec modération tout de même, puisqu'à plus de 4 grammes par jour, le paracétamol peut avoir des effets dévastateur sur le foie.

Or, le paracétamol, aussi courant puisse-t-il être, est un médicament relativement mystérieux. Tout d'abord, il s'agit d'un pur produit de synthèse, contrairement à l'aspirine, l'acide acétylsalicylique, qui est un extrait d'écorce de saule et de peuplier. Le paracétamol, ou para-acétyl-amino-phénol, a été synthétisé en laboratoire à la fin du 19ème siècle par des chimistes allemands, avant de sombrer dans l'oubli, suspecté d'avoir d'importants effets secondaires contrairement à l'aspirine. Ce n'est qu'au milieu du 20ème siècle que sa commercialisation reprendra aux Etats-Unis, et qu'au début du 21ème que l'on commencera à comprendre exactement son mode de fonctionnement.

Parce que, croyez-le ou non, jusqu'à il y a quelques années, fin 2011 précisément, on n'avait à peu près aucune idée de la façon dont le paracétamol agit sur le système nerveux pour réduire la douleur ou faire baisser la fièvre. C’est maintenant chose à peu près faite… et c’est bien trop compliqué pour que je me lance ce matin dans une tentative d’explication exhaustive.

Toujours est-il qu'outre cet effet antalgique, le paracétamol pourrait avoir d'autres effets, totalement insoupçonnés... sur nos émotions. C'est une première étude, réalisée en 2013 par des psychologues canadiens, qui a commencé à mettre la puce à l'oreille de la communauté scientifique.

Face au succès de la molécule, plusieurs équipes de chercheurs ont voulu en savoir plus et creuser un peu sur les liens entre le paracétamol et notre système nerveux central. Et c'est en demandant à une série de patients de rédiger quelques mots sur leur propre mort, après avoir pris du paracétamol, que les premiers résultats étranges sont apparus : le groupe sous paracétamol, par rapport au groupe placebo, apparaissait plus imperméable, moins sensible à l'angoisse et aux émotions négatives suscitées par le fait d'envisager la fin de leur vie.

Face à ces résultats, une deuxième équipe, américaine cette fois, a voulu creuser un peu plus loin. L'étude vient de paraître dans la revue Psychological Science. Et elle consiste en le protocole suivant :

Un peu plus de 80 personnes ont été soumises à un jeu de photos issues de l'International Affective Picture System - il s'agit de photos utilisées dans les tests psychologiques pour leur faculté à provoquer toute une palette d'émotions, des plus négatives (comme un enfant souffrant de malnutrition) aux plus positives, en passant par les plus neutres (comme une vache qui broute dans un pré). Les participants étaient invités à noter ces photos, sur une échelle de -5 à 5, en fonction des émotions qu’ils ressentaient et indiquer par ailleurs, sur une échelle de 0 à 10, à quel point ces photos avaient suscité chez eux une émotion forte, ou non.

La moitié du groupe avait pris 1 gramme de paracétamol, et l'autre un placebo. Résultat : le groupe sous paracétamol a non seulement été moins sensible, moins réactif aux émotions négatives... mais aussi aux émotions positives. Leurs réactions émotionnelles étaient en quelques sortes « émoussées » par rapport au groupe témoin.

Le paracétamol, plus que le simple soulagement de la douleur, soulagerait ainsi également les émotions, selon un mécanisme encore totalement inconnu, qui ferait entrer la sérotonine, l'hormone du plaisir, en ligne de compte, et auquel les chercheurs comptent désormais s'intéresser.

Voilà donc un premier élément de réponse en tout cas à l'aphasie hebdomadaire du dimanche après-midi, qui ne serait pas seulement dû à l'excès de sulfites de ce vin blanc un peu trop persistant mais peut-être aussi à un effet secondaire lénifiant de l'ami du dimanche.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......