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Le regard noir

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Une expérience de biologie participative aurait permis à un chercheur de voir parfaitement en pleine nuit pendant plusieurs heures. Ces groupes de "biohackers" veulent révolutionner l'organisation de la recherche pour la rendre en accès libre.
N’y voyez pas une allégorie de la fin des négociations avec le médiateur, non, c'est le souhait d'un groupe... alors on va y aller mollo pour ne pas trop va vous effrayer, et je ne veux pas vous brusquer en ce matin de peut-être éphémère reprise ; voir dans la nuit, c'est donc le souhait d'un groupe de biologie participative... ça va la biologie participative ça vous fait pas trop peur ? Bon, parce qu'en anglais on dit biohackers. Ah et voilà tout de suite biohackers, c'est anxiogène, on imagine des gens avec des t-shirts de hard rock et des excédents de sébum enfermés dans une chambre sans fenêtre devant leur ordinateur avec en plus des tubes à essais fluorescents et un hamster agonisant attaché à une table en formica à côté de vieux restes de pizza froide et des canettes de bière vides.

Expérience de vision nocturne sur le chercheur Gabriel LICINA
Expérience de vision nocturne sur le chercheur Gabriel LICINA Crédits : Gabriel Licina / Tibbetts Jeffrey / Science for the Masses

La biologie participative, donc... c'est un mouvement, inspiré de l'informatique participative, qui a pour ambition de rendre la recherche en accès libre, en « open source ». Il y a un certain nombre de groupes de biologie participative, y compris en France, un groupe qui s'appelle La Paillasse, je vous laisserai aller jeter un œil à leur site – la Mairie de Paris en est partenaire, c'est dire si on est loin d'un petit laboratoire clandestin en sous-sol qui essaye de réanimer des rats crevés avec du Canard WC. Toujours est-il que leur objectif principal est de libérer la recherche, de briser les carcans de la recherche académique et institutionnelle. Il faut bien dire également que ces groupes s'inspirent d'une littérature et d'une idéologie un peu punk - punk dans le sens « do it yourself », faites-le vous-même - et s'intéressent de près au transhumanisme ou à ce qu'on appelle le biopunk, c'est-à-dire, pour résumer à grands traits, faire évoluer l'homme vers un état autre, un état post-humain, en améliorant nos capacités grâce aux avancées en biologie donc... là où d'autres souhaiteraient nous améliorer grâce à l'informatique ou la robotique par exemple, c'est le cyber-punk.

Bref. Et ces laboratoires de biologie participative sont de plus en plus nombreux ; alors je vous rassure, ce ne sont pas tous des illuminés millénaristes qui ne vivent que d'idéaux tirés de la littérature de science-fiction, il s'agit souvent de chercheurs qui tiennent à un autre modèle de partage des connaissances, sur la base de l'accès libre justement, et qui sont par ailleurs enseignants ou chercheurs dans les réseaux traditionnels.

Et c'est donc l'un de ces groupes de biohackers qui a fait parler de lui, récemment : Science for the Masses - la Science pour les Masses, le nom dit assez bien le projet politique qui sous-tend la démarche - Science for the Masses a donc publié une étude, en accès libre et gratuit, sur une expérience d'augmentation de l'être humain, sans chirurgie invasive, augmentation qui aurait permis à la personne de voir clairement, pendant plusieurs heures, en pleine nuit.

L'expérience est la suivante : l'un des participants s'est fait injecter dans les yeux une solution liquide à base de chlorine E6 - c'est une molécule ultrasensible à la lumière, que l'on retrouve entre autres chez les populations de poissons des grands profondeurs, qui vivent quasiment sans apport de lumière de la surface.

Le premier résultat assez sympathique, c'est que les yeux du participants sont devenus entièrement noirs, vous savez, un peu comme dans X-Files il y avait ce truc noir dans les yeux des méchants extra-terrestres... eh bien là pareil, le monsieur a même dû porter des lunettes de soleil pour réduire la luminosité qui devenait trop agressive pour ses petits yeux noirs. Et 2h après injection, il a pu reconnaître dans 100% des cas des personnes dans la forêt, de nuit, sans aucun éclairage à une distance de 50 mètres, là où d'autres participants témoins, qui n'avaient pas reçu d'injection, n'en distinguaient qu'un sur trois.

Alors évidemment, cette étude est à prendre avec toutes les pincettes du monde, puisqu'elle n'a pas suivi le protocole expérimental usuel etc. Néanmoins, ces protocoles expérimentaux, et le parcours de publication académique dits « classiques » ont montré, et montrent encore aujourd'hui leurs limites : pas plus tard qu’il y a 15 jours, 43 papiers ont dû être retirés de plusieurs publications scientifiques, après qu'une autorité de contrôle a identifié une fraude massive, et il se pourrait qu'il ne s'agisse là que du point de départ d'un système de triche à la validation des publications qui pourrait ébranler une grande partie de la recherche en Chine, mais aussi aux États-Unis et en Europe.

Alors, n'allez pas pour autant vous mettre de l'eau de Javel dans les yeux pour vérifier si vous pouvez garder les yeux ouverts dans votre baignoire, mais allez jeter un œil aux initiatives de ces laboratoires participatifs, ils ont au moins le mérite de donner un coup de sang neuf à une organisation de la recherche scientifique qui elle, donne des signes d'essoufflement.

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