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Le syndrome du coup suivant

4 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est-ce que c'est que ce syndrome du coup suivant ?

Alors je vous rassure tout de suite, vous n'êtes pas ignare, c'est une pure invention de ma part. Une invention qui m'est apparue, qui m'est presque tombée dessus hier matin, en sortant de la maison de la radio, alors que j'écoutais Nicolas SARKOZY interrogé à la sortie de son rendez-vous avec François HOLLANDE à l'Elysée.

armoiries de la troisième république
armoiries de la troisième république

En écoutant l'ancien Président, j'entendais dans chacune de ses phrases, dans chacun de ses mots, sur l'unité nationale, sur le doute qu'il laissait planer hier matin encore quant à sa participation à la manifestation de dimanche, j'entendais tourner les rouages d'une machine, en bruit de fond, un mécanisme quasi-silencieux et pourtant bien perceptible : la mise en place d'un positionnement politique pour plus tard, tout en veillant à bien respecter le deuil collectif, les convenances... et pourtant, tout ne transpirait que ce coup d'après, celui qui conduira, in fine, à une nouvelle candidature à la magistrature suprême.

Et je parle de Nicolas SARKOZY mais je pourrais tout aussi bien parler de Marine LE PEN et de l'indécence de sa proposition de référendum sur le rétablissement de la peine de mort, dès hier matin, et bien sûr de François HOLLANDE dans chacune de ses allocutions.

Tous ces responsables politiques de haut niveau, qui - sans présager de la sincérité de leurs déclarations officielles vis à vis du drame qui s'est déroulé avant-hier seulement dans les locaux de Charlie HEBDO - ont toujours, et c'est intrinsèque à la nature de leur carrière professionnelle, à l'esprit « le coup suivant », c'est-à-dire, en résumé, l'élection suivante, la stratégie politique qui va permettre de séduire de nouveaux électeurs, et in fine la conquête du pouvoir.

Et ce syndrome du coup suivant, devenu manifeste maintenant que je l'avais identifié... eh bien hier, il m'était hier insupportable.

Vous allez me dire que je suis certainement bien naïf, peut-être, et après tout comme je le disais, c'est inhérent, c'est constitutif, ça participe de la nature même de la fonction politique.

Quand bien même... et je me suis rappelé cette étude, publiée fin novembre dans la revue Science, une étude de deux psychologues américains de l'université de Saint-Louis, dans le Missouri, qui se sont penchés sur la mémoire collective ou plus précisément, sur l'oubli collectif.

Ils ont voulu tester la persistance du souvenir de LA personne que tout adulte sain d'esprit est censé connaître au cours de l’exercice de ses fonctions : le président.

Qui peut douter qu'on oublie la personne, l'homme dans 99% des cas, qui occupe la fonction suprême, dont le nom entre à jamais dans les manuels d'histoire et dans la toponymie des aéroports.

Et bien, ce n'est pas du tout aussi clair que ça. Les deux chercheurs ont conduit une étude sur plus de 40 ans. Ils ont demandé la même chose à plusieurs générations d'adultes américains, à plusieurs époques : en 1974, à l'époque de la démission de NIXON, en 1991, c'est Georges BUSH père qui est au pouvoir, en 2009 et en 2014, pour les deux mandats de Barack OBAMA.

Le test, toujours le même, est le suivant : une feuille avec une liste de numéros, de 1 à 44. L'objectif est de replacer les présidents américains dans l'ordre chronologique.

Résultat : si 100% des personnes connaissent le nom du président en exercice, plus on remonte dans le temps, plus ce taux chute, à l'exception de quelques grands noms comme WASHINGTON ou LINCOLN. Mais c'est tout. Figurez-vous que même KENNEDY n'est cité que par trois personnes sur 4, et seule 1 personne sur 4 sait le placer au bon endroit, soit à la 35ème place.

La conclusion qu'en tirent les deux chercheurs, c'est que mécaniquement, 70 ans après leur mandat, à de rarissimes exceptions près, donc, les présidents passent sous les 25% de notoriété, qui est le seuil de l'oubli.

Ce qui est assez logique, si l'on considère que l'on se souvient essentiellement des présidents qui ont gouverné pendant la durée de notre vie. Voilà en tout cas qui recadre, un tant soit peu, la portée démesurée des ambitions de pouvoir, de l'entrée dans les manuels d'histoire et l'obsession du « coup suivant ».

Petit test inévitable maintenant... citez moi cinq présidents de la troisième République...

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