LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Les antibiotiques, c'est plus du tout automatique

4 min
À retrouver dans l'émission

Merci Marc de vous comporter comme à peu près tout le monde depuis que je mentionne le fait que j'ai arrêté de manger de la viande : végétarien, non mais vraiment, ce truc de bobo parisien… végétarien, un scooter il te manque plus que la barbe pour te transformer en hipster... et un bon bifteak alors, ça te manque pas trop, et tout le tralala.

capsules d'antibiotiques
capsules d'antibiotiques

Alors non Marc, je ne vais pas faire de prosélytisme anti-bidoche ce matin, pas plus qu'hier ou que demain. Mais je vais vous transmettre ce que je lis, de plus en plus souvent, et qui a été en partie responsable de mon changement de régime.

Je suis tombé hier au fil de mes recherches sur mon fidèle compagnon informatique sur une étude, commandée par le Premier Ministre Britannique David CAMERON, publiée par une commission d'experts et qui vient d'être remise à son gouvernement. Que dit cette étude ?

Et bien tout simplement que d'ici 2050, la résistance aux antibiotiques deviendra le premier facteur de mortalité dans le monde, causera la mort de 10 millions de personnes par an et coûtera, si tant est que cet argument supplémentaire puisse faire frémir dans les hautes sphères financières qui ne se sont jamais vraiment préoccupées des problèmes de mortalité humaine, entre 2 et 3 points de PIB.

Évidemment, nous ne serons pas tous égaux sur Terre à cette résistance aux antibiotiques. C'est l'Asie et l'Afrique qui payeront le plus lourd tribut en vies humaines : 5 et 4 millions de morts respectivement par an, là où l'Europe ne devrait en déplorer qu'environ 400 000.

La résistance aux antibiotiques deviendrait donc la première cause de mortalité mondiale, loin devant le cancer, le diabète ou les maladies diarrhéiques.

Ce n'est pas un vraie nouvelle dans le monde de la médecine, l'OMS alerte depuis de nombreuses années sur l'imminence de ce qu'on appelle l'ère post-biotique ; ce qui va se passer, en clair, c'est que des petites infections aujourd'hui bénignes vont devenir tout simplement mortelles, tout ça parce que les bactéries qui sont à l'origine de ces infections comme les infections respiratoires, les infections intestinales ou les staphylocoques dorés... et bien ces bactéries, à force d'être en contact permanent avec des antibiotiques, ont fini par développer des résistances. Le résultat, c'est que les antibiotiques ne fonctionnent plus sur ces bactéries. Ils ne guérissent plus.

Et pourquoi donc ces bactéries sont-elles en contact permanent avec des antibiotiques ? Certes, parce que les médecins en prescrivent de plus en plus souvent... et à ce titre, la France est championne d'Europe de la sur-prescription, avec la Belgique et la Grèce. Il faut noter que la consommation mondiale d'antibiotiques par l'homme a augmenté de 40% entre 2000 et 2010.

Mais ça n'est rien, une goutte d'eau par rapport à ceux utilisés sur le bétail : 80% des antibiotiques mondiaux sont des antibiotiques vétérinaires, qui passent dans la viande. Que nous ingérons donc allègrement, à peu près à chaque fois que nous consommons de la viande – il faut d'ailleurs préciser que certains de ces antibiotiques vétérinaires n'ont JAMAIS été testés sur l'homme, alors que nous nous en gavons tous quotidiennement. Par ailleurs, ce sont des molécules qui ont la vie dure, et longue surtout, ce qui fait, et je vous en avais déjà parlé ici un matin, qu'on en retrouve strictement partout : dans le sol, dans les plantes, et même dans les animaux qui ne sont pas traités aux antibiotiques.

Bref, on trouvera une certaine ironie – d'un goût douteux je vous l'accorde – à voir que selon les conclusions de cette étude britannique, ce sont nos modes d'alimentation occidentaux – puisque nous faisons partie des populations qui consommons le plus de viande par personne par jour – qui vont être à l'origine d'une hécatombe sur des continents qui, eux, ne consomment pas ou peu de viande.

Ensuite, chacun est évidemment libre de son régime, mais voilà démontrée une fois de plus qu'à 7 milliards de personnes sur terre, 10 dans quelques dizaines d'années, d'ici 2050 tout au plus, le régime omnivore tel que nous le connaissions n'est plus soutenable ni pour l'environnement, ni même pour des raisons sanitaires.

Et si, pour en rajouter une petite couche, je vous dis que dans les égouts de Londres, pendant les fêtes, l'équivalent de 2 piscines olympiques de graisse de dinde sont déversées, ce qui crée ce que les égoutiers appellent des fatbergs, des icebergs de graisse dont le plus gros pesait 15 tonnes et faisait la taille d'un bus... vous allez le regarder comment le chapon, la semaine prochaine ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......