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Les moustiques, mes microbes et moi

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la dengue et le chikungunya sont de plus en plus fréquents en métropole, à cause de l'implantation du moustique tigre, des chercheurs viennent de comprendre pourquoi certaines personnes ont une "peau à moustique" et d'autres ne sont jamais piquées.
Je suis venu ce matin vous parler d'une situation tout à fait sérieuse et d'autant plus sérieuse qu'il s'agit du tout début d'un problème de santé publique qui menace notre belle métropole, et qui inquiète l'Institut de veille sanitaire.

Aedes albopictus ou moustique tigre
Aedes albopictus ou moustique tigre

En l'occurrence, l'importation, en France métropolitaine, de la dengue et du chikungunya, ces maladies endémiques, qui jusqu'à présent étaient cantonnées aux régions tropicales et subtropicales et qui arrivent jusqu'à nous grâce à un petit vecteur fort pénible : les moustiques. Et plus précisément une espèce de moustique, le moustique tigre, Aedes albopictus de son nom savant, qui était jusqu'à présent sporadique sous nos latitudes – ses premières apparitions en métropole remontent à 2004 - mais qui semble depuis quelques années s'être implanté dans une vingtaine de départements du Sud de la France.

A tel point que l'an dernier, les autorités sanitaires ont recensé en France métropolitaine près de 500 cas de chikungunya, et 201 cas de dengue. Ce qui confirme bien l'implantation de cette espèce sur le continent, implantation qui va donc poser de sérieux problèmes dans les mois, et les années à venir.

Et tout particulièrement pour les gens comme moi, et peut-être comme vous Marc, qui avons « une peau à moustique »... combien de soirées estivales gâchées au camping de Vieux Boucau dans les Landes, combien ? Je n'ose même plus les compter...

Vous vous êtes forcément demandé, comme moi, pourquoi les moustiques se repaissent, que dis-je, se délectent de mon sang alors qu'elles (oui, ce sont les moustiques femelles qui piquent) fichent une paix royale à mes amis qui finissent d’ailleurs par faire tous les étés des paris sur le nombre de piqûres totales que j'aurais en fin de soirée, par multiple de 20.

Et à ce propos – celui des peaux à moustiques, on entend tout et n'importe quoi. Et surtout n'importe quoi : ce serait une question de sucre dans le sang, une conséquence de la surconsommation d'alcool, d'une certaine hormone, voire de la nature de la transpiration bref... vous pouvez oublier tout cela. Une équipe de la London School of Hygiene and Tropical Medecine, publiée dans la revue en ligne PLOS One, affirme avoir enfin trouvé LA réponse à cette éternelle question.

Pour arriver à leurs conclusions, ils ont effectué des tests sur des jumeaux homozygotes et hétérozygotes... des vrais et des faux jumeaux, si vous préférez.

Et ils ont constaté que les jumeaux homozygotes, qui ont le même patrimoine génétique, attiraient de façon beaucoup plus uniforme les moustiques que les jumeaux hétérozygotes, ce qui laisse penser qu’il y aurait un facteur génétique dans l'attraction des moustiques. Et plus précisément, que cette attraction dépendrait de nos différentes glandes, voire - et c'est là que les choses commencent à devenir intéressantes - des microbes et des bactéries que nous attirons, chacun, individuellement.

Parce que nous avons tous, à l'intérieur et à l'extérieur de notre corps, toute une petite faune, qui est unique à chacun d'entre nous. Des microbes donc, des bactéries qui vivent avec nous, dans notre bouche, dans nos intestins, sur notre peau et qui diffèrent pour chacun d'entre nous, en fonction précisément des produits chimiques que notre corps, que nos glandes sécrètent. Certaines bactéries sont plus attirées par tel ou tel type de sécrétion. Et on parle de centaines de billions de micro-organismes : ils sont plus nombreux que les cellules dans notre corps. On peut dire, pour résumer, que notre microbiome est comme une empreinte digitale : nous avons chacun nos propres colonies de micro-organismes, qui n’appartiennent qu’à nous.

Et ce sont ces billions de micro-organismes, en se nourrissant de nos sécrétions, de nos déjections, de nos peaux mortes, etc. qui sont responsables de notre odeur corporelle. Et c'est à cette odeur corporelle que sont sensibles les moustiques - il y a d'ailleurs de nombreuses espèces animales qui utilisent leur odeur corporelle pour chasser les parasites.

Eh bien c’est pareil chez l’être humain : ce sont ces bactéries et ces microbes qui font de certains d'entre nous de véritables répulsifs à moustiques, ou à l'inverse, des buffets à volonté.

Donc la prochaine fois que vous vous faites dévorer par des nuées de moustiques au camping, cessez de pester contre l'inefficacité de votre spray anti-moustique ou contre vos amis qui ont fait des paris sur votre nombre de piqûres, mais louez l'incroyable processus d'évolution et de sélection génétique naturelle qui a conduit votre ADN à faire vivre sur vous des milliards de milliards de microbes qui, au bout de la chaîne alimentaire, attirent à vous ces si délicieux petits suceurs de sang...

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