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Les oiseaux ne se cachent pas pour mourir

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Et ils meurent tellement que ce serait difficile de faire ça discrètement.

Selon une étude publiée avant hier dans Ecology Letters et qui a fait pas mal de bruit depuis, ce sont 421 millions d'oiseaux sauvages qui ont disparu en Europe en 30 ans.

murmure d'étourneaux
murmure d'étourneaux Crédits : Walter Baxter

D'habitude, quand on parle extinction d'espèces, on imagine des espèces exotiques, ornées de couleurs chatoyantes dans des zones reculées du globe où la jungle est attaquée par de méchants promoteurs.

Et bien, non rien de tout ça ici ; cette hécatombe d'oiseaux européens concerne des espèces tout aussi communes que la perdrix grise, le moineau ou l'étourneau - et en guise de méchants promoteurs, il y a tout simplement l’agriculture intensive et la destruction des habitats naturels.

Il faut dire que les oiseaux font partie des espèces animales les mieux recensées et les plus étudiées : sur environ 100 000 espèces dans le monde, on sait que 14 000 sont menacées d'extinction ou ont déjà disparues, c'est un oiseau sur 7.

Ensuite, cette diminution massive des populations d'animaux sauvages, elle est connue, elle ne date pas d'hier, je vous en parlais d'ailleurs ici même il y a quelques semaines, après cette étude qui expliquait qu'environ la moitié des populations d'animaux sauvages ont disparu en seulement 40 ans.

Tous ces chiffres mis bout à bout donnent le tournis, et ils sont d'ailleurs absolument fait pour ça, pour alerter l'opinion publique... quand bien même on pourrait annoncer 1 voire 2 voire 5 milliards d'oiseaux morts, ça ne changerait pas d'un iota les pratiques de l'agriculture intensive.

Néanmoins, notre période contemporaine n'a pas le monopole de l'hécatombe aviaire. Prenez la tourte voyageuse (ou colombe voyageuse si vous préférez), une espèce d'oiseau endémique en Amérique du Nord, au début du 19ème siècle. Espèce tellement endémique qu'elle est considérée comme nuisible. Sa population est alors estimée à 5 milliards d'individus.

Des parties de chasses qui tournent au « zoocide » comme dirait Mathieu RICARD, encore lui, sont organisées pour détruire l'oiseau, parfois même au fusil mitrailleur pour aller plus vite. Résultat, en quelques dizaines d'années, l'espèce est menacée et finit par s'éteindre au début du 20ème siècle.

Pourquoi est-ce que je vous parle de la tourte voyageuse ? Eh bien parce qu'elle fait partie de ces rares espèces que la communauté scientifique aimerait aujourd'hui… ramener à la vie ! Tout à fait… comme s’il n’y avait pas assez de pigeons comme ça…

En l’occurrence, pour ce pigeon, des équipes cherchent à réintroduire certains gênes dans la lignée d'une autre espèce proche, le pigeon biset. De façon à obtenir, après plusieurs générations et quelques croisements, des pigeons bisets avec des traits spécifiques à la colombe voyageuse américaine, ce qui permettrait d'en étudier les comportements.

Ce n'est pas la seule espèce éteinte que des équipes cherchent à ramener parmi nous ; je pourrais citer pèle-mêle la grenouille à incubation gastrique, une espèce batracienne d'Australie disparue dans les années 80 qui avait pour spécificité d'ingérer ses œufs, qui incubaient dans son estomac jusqu'à l'éclosion des têtards.

Mais aussi le tigre de Tasmanie - pas le diable, le tigre - une espèce de marsupial qui ressemblait très fortement à un gros chien.

Et on en vient à Isla Sorna, vous savez l'île de Jurrasic Park... parce qu'il était évidemment impossible de ne pas y arriver. Plusieurs équipes, une aux États-Unis et une Japon, travaillent depuis de longues années sur le Mammouth Laineux, en réintroduisant de l'ADN de mammouth dans des ovules d'éléphante, et par sélection génétique, génération après génération, obtenir un vrai mammouth d'ici une cinquantaine d'années, selon les estimations. Des travaux sont également en cours pour ressusciter le Smilodon, plus connu sous le nom de Tigre à Dents de Sabre. En tout, il y aurait une petite 30taine d'espèces que d'ambitieux scientifiques souhaitent dé-éteindre, "de-extinction" en anglais, même si bien entendu, tous ces travaux sont à des stades relativement expérimentaux.

Toujours est-il que pour une trentaine de ces rêves à la « Docteur Moreau » (l'île du roman de H.G.WELLS, pas le mari de Jehanne, Marc, voyons...), il faudrait que nos connaissances scientifiques fassent un bon quantique si on compte un jour « déséteindre » les milliers d'espèces qui sont menacées d'extinction à l'heure actuelle par l'activité humaine.

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