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Matins voyages

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Si l’on en croit cette phrase de Paul Valéry, écrite en 1931 et citée jusqu’à la corde : « l’époque du monde fini commence ». Tatiiin ! L’ex employé de l’agence Havas qu’était Valéry voulait dire par là que tous les voyages étaient désormais possibles, toutes les destinations concevables, heureuse évolution due au fait que plus jamais le moindre lointain et le moindre recoin du globe (si tant est prouvé qu’un globe peut avoir des recoins) ne nous demeureront étrangers. Les blancs sur la carte avaient fondu comme plaques de neige à l’ardent soleil de la connaissance topographique. On allait voir ce qu’on allait voir : Maman prépare l’autochenille, le monde est à nous ! Quinine et moustiquaire, les deux fées marraines du routard d’avant-guerre veillaient sur son paquetage. Mais c’était le monde de Valéry, de Morand, de Gide et autres Simenon, celui de 1931. Depuis, le monde n’a cessé de finir, il a même l’air complètement fini, râpé, au bout du rouleau et la question du voyage se pose de nouveau. En effet, jamais l’Européen n’a eu autant le pouvoir de se mouvoir. Du vélib’ à la sonde Philae qui, à l’image du chien du même nom ramène ce qu’on l’a envoyé cherché, du coup de vélo vaillant au seau-seau pépelle intergalactique, on peut aller partout à la vitesse que l’on souhaite pour y faire ce que l’on veut. Et jamais on a, à ce point, trembler de sortir de chez soi. La carte des quat’ ZAR, les quatre zones à risque, éditée par le Quai D’Orsay, coïncide très exactement avec celles des zones touristiques les plus plébiscités. De fait, si l’on additionne les zones où l’on ne met le pied que dans la tombe jusqu’à celle où il est conseillé de ne dormir que d’un oeil, en passant par celle où boire un verre d’eau est comme de jouer à la roulette russe, de jaune poussin à rouge sang, le nuancier du tourisme à risque couvre tout l’hémisphère sud qui semble devenu l’espace d’un redoutable safari où l’on chasse l’Européen toute l’année, sans guide ni permis. Franchir l’équateur revient à sauter dans le vide. Si ceux qui voudraient bouger sont contraints d’en rester là, d’autre qui n’ont jamais souhaité partir sont tenus, sous peine de mort, de le faire. La Méditerranée a vu passer bien des bateaux, des galères du Pape au Yacht d’Onassis, les pontons de la misère qui le sillonnent à présent sont bondés non de touristes anxieux mais d’exilés errant et de voyageur sans retour. La peur et la mort enterre les uns, déracinent les autres. Cela dit, si vous vous sentez tenté par les pratiques extrêmes pas la peine d’aller faire du trekking dans l’Atacama ou d’ascensionner l’Everest, camper à l’Lamalou-les-Bains vous réserve désormais des sensations aussi vertigineuses qu’économiques. Il reste néanmoins une zone subtropicale de moindre risque, c’est l’Argentine où la présidente, Cristina Kirchner viendrait dit-on d’adopter un enfant pour l’empêcher de se transformer en loup-garou. Vous imaginez ma joie à pareille news. Hélas, il ne s’agissait que de la fusion fantasmatique de deux dépêches. La première était que, comme le veut, depuis un siècle, la tradition, la présidence argentine parraine tout septième enfant d’une famille. La seconde est celle, folklorique, dite du lobison, qui veut que tout septième garçon d’une famille se mue en garou. Existe-t-il un équivalent français ? Si présidant Hollande veut exorciser les vieux démons ou enfoncer le pieu de l’emploi dans le cœur du chômage, nul n’y verra problème. Thaumaturges de tous les pays unissez-vous.

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