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Nous sommes Charlie

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À retrouver dans l'émission

« Je suis Charlie », c'est cette image sur fond noir qui a fleuri hier sur les réseaux sociaux, ce hashtag qui est immédiatement devenu l'un des plus populaires sur Twitter et qui était encore ce matin, je viens de vérifier, le premier topic au niveau mondial : un geste en solidarité aux familles des victimes, en soutien à la liberté de la presse, en révolte contre la barbarie des meurtres, en indignation contre le terrorisme, que sais-je encore... en soutien à l'immense et innombrable majorité des musulmans qui voient, une fois de plus, leur religion dévoyée, utilisée comme prétexte pour servir une cause barbare qui n'a rien à voir de près ou de loin avec l'Islam... ou encore en geste d'inclusion dans une affliction collective face à l'horreur de l'assassinat froid et méthodique de ces personnes, connues ou inconnues, de ces dessinateurs, de ces journalistes, de ces policiers qui ont perdu la vie injustement sous les balles de fanatiques.

Nous sommes Charlie
Nous sommes Charlie

Afficher ou écrire « Je suis Charlie » sur son profil, c'est un peu tout ça à la fois, c'est un grand fourre-tout, un mélange d'émotions individuelles, c'est dire « Je fais partie de la collectivité qui a été blessée », quelle que soit cette collectivité d'ailleurs... un peuple, une nation, le sentiment d'être un individu libre, une communauté de valeurs peut-être... c'est ce geste, un peu facile, certainement... et quand bien même... de remplacer sa photo, l'image de son visage, son identité pour manifester son appartenance à cette communauté hétéroclite, sa sidération, son horreur de ce qui s'est produit, une façon d'exprimer publiquement un sentiment de deuil collectif sans forcément avoir besoin de se déplacer pour le faire...

« Je suis Charlie », c'est ce bandeau noir au revers d'une veste virtuelle, c'est ce drapeau en berne qu'on ne sort pas au balcon, c'est cette tristesse individuelle qui nous a saisi collectivement... et c'est le paradoxe de ce deuil collectif à l'ère des réseaux sociaux... il n'a jamais été aussi facile de s'indigner publiquement, et pourtant il n'a jamais été aussi essentiel de le faire.

Cette image, ces quelques mots gris sur fond noir sont devenus en l'espace d'un après-midi le visage virtuel de milliers de personnes... Ces mots, « Je suis Charlie » sont devenus un slogan universel pour s'insurger contre la barbarie.

Mais alors, est-ce trop facile, ce militantisme en deux clics... est-ce trop simple de troquer une image contre une autre pour dire l'horreur et l'abjection auxquelles on s'oppose ? Est-ce que cette forme de revendication est à l'image de la génération qu'elle est censée incarner, une paresse politique, intellectuelle, physique même dans le sens où elle pourrait se substituer à un déplacement, à une manifestation dans l'espace...

Et bien je ne crois pas. Parce que ce « Je suis Charlie » est devenu en l'espace de quelques minutes, de quelques heures un mème. C'est-à-dire un élément viral, un fragment de l'identité du réseau. Et ce, à l'échelle mondiale.

Hier soir, à Paris place de la République, la foule s'en était emparé. Sur une pancarte, sur un bout de papier, sur une photocopie faite à la va-vite. « Je suis Charlie ». Plus qu'un slogan, un cri de ralliement, une identité collective.

Sur ces mêmes réseaux sociaux, ce petit carré noir, ces quelques lettres blanches substituées aux identités individuelles sont devenus notre identité à tous... une colonne noire a remplacé la colonne de visages, dans les fils d'actualité, dans la barre de contacts, comme une foule compacte non pas dans l'espace mais dans la communauté de sa protestation... quelles que soient les revendications, les motivations, la portée du message personnel que chacun place à l'intérieur de ces trois mots. La place de la République, les autres places de toutes les villes, de tous les endroits qui ont accueilli les rassemblements de colère, de tristesse, de peur ou de deuil se sont noircies de visages anonymes, les réseaux sociaux, eux, ont été noircis de ces petits carrés noirs, d'une affliction collective, qui s'estompera dans les heures, les jours et les semaines à venir... petit à petit, très vite, trop vite peut-être, les réseaux se repeupleront de visages, de selfies, de doigts de pieds sur la plage et cet instant de communion collective s'estompera aussi vite, ou presque, qu'il est apparu.

Quand bien même. Pendant un temps, au delà du cadre national, au delà du cadre idéologique, au delà du cadre religieux, et quoi qu'on ait pu penser de Charlie Hebdo, quels qu'aient été hier ou aujourd'hui nos accords ou nos désaccords, nos amours ou nos désamours... pendant ces quelques heures, pendant ces quelques jours, nous ne serons plus nous-mêmes. Nous sommes Charlie.

► retrouvez notre dossier spécial « Nous sommes 'Charlie » ► retrouvez le programme de la journée spéciale « Parler contre la terreur »

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