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Oh, un nouveau bocal !

4 min
À retrouver dans l'émission

La capacité de concentration de l'être humain a chuté de 4 secondes en 15 ans, pour devenir plus courte que celle d'un poisson rouge. La multiplication des écrans a petit à petit reconfiguré nos modes de pensée et de mémorisation, pour aboutir à une culture de la distraction.
Vous connaissez l'expression, j'imagine... "une mémoire de poisson rouge", c'est une mémoire très courte. Comme, supposément, le poisson rouge qui tourne dans son bocal et qui à chaque tour se dit « oh, un nouveau bocal ! Oh, un nouveau bocal ! » et ainsi de suite.

Parce que le poisson rouge n'aurait une faculté de concentration que de 9 petites secondes... c'est pas beaucoup 9 secondes.

"Oh, un nouveau bocal"
"Oh, un nouveau bocal" Crédits : Miyuki Kobayashi

Eh bien figurez-vous qu'un être humain, avec un téléphone portable dans la main, a aujourd'hui, une capacité de concentration de 8 secondes seulement, donc inférieure à celle d'un poisson rouge, selon une étude réalisée par le groupe Microsoft au Canada.

Alors évidemment, avec une étude signée par Microsoft, on se méfie un peu de la méthodologie, mais tout de même, les résultats confirment une tendance assez nette et assez intéressante.

A savoir que la capacité de concentration s'est réduite de 4 secondes en 15 ans... de 12 secondes en 2000, elle est passée à 8 secondes aujourd'hui. Quand on parle de capacité de concentration, il s’agit du temps employé à analyser une information pour savoir si on la juge pertinente ou non, si on va chercher à l’approfondir, ou pas. Et ces 15 dernières années correspondent, bien sûr, à la multiplication des écrans, smarphones, tablettes et tous ces joujoux qui nous sont devenus totalement indispensables... mais j'y reviendrai. L'étude indique aussi que les populations les plus touchées sont les populations les plus jeunes... les 18-24 ans... 79% des personnes interrogées – 4 sur 5, indiquent par exemple utiliser leur téléphone pendant qu'elles regardent la télé...

Alors cette information, toute inquiétante qu'elle puisse paraître, peut en fait se lire dans deux sens : certes le temps de concentration pour décider de la pertinence d'une information est plus court... ce qui n'empêche pas, par ailleurs, une concentration « longue durée » une fois qu'une information jugée « intéressante » a été sélectionnée.

Mais même cette concentration « longue durée » est en baisse : et plus les médias sociaux entrent en ligne de compte, plus elle est en chute libre. Autant la concentration « longue durée » peut être assez soutenue à la lecture d'articles sur internet... autant la pratique des réseaux sociaux diminue très nettement la durée de l'attention soutenue.

L'autre lecture, plus positive de cette étude, c'est que la prise de décision quant à la pertinence des informations que nous estimons intéressantes est plus rapide : c'est l'aboutissement de la culture du zapping. On défile, on défile, on clique. On parcourt quelques lignes, on évalue l'intérêt de l'information, et si cet intérêt s'estompe, on passe à autre chose.

Bon, dit comme ça, j'admets que ce n'est pas très rassurant non plus.

Mais accrochez-vous bien, j'ai pire dans ma besace.

Je vous disais que ces smartphones et autres tablettes nous sont devenus indispensables. Tellement indispensables que l'angoisse de la séparation de son téléphone est devenue aujourd'hui une affection répertoriée. Les psychiatres appellent ça la « nomophobie » - « nomo » pour « no mobile phone ».

Et cette nomophobie a été quantifiée, chez de jeunes adultes, il y a quelques mois, dans une étude publiée dans le Journal of Computer-Mediated Communication, en faisant passer des tests cognitifs classiques à deux groupes d'étudiants... l'un des groupe avait le droit de garder son téléphone... l'autre groupe, en revanche, se voyait confisquer le sien, en prétextant un problème d'interférence : le téléphone était placé quelques mètres plus loin, sur une table. Et, comble de la torture, il se mettait à sonner pendant le test, avec une interdiction stricte de répondre.

Les résultats montrent que les étudiants qui étaient séparés de leur téléphone présentaient tous des niveaux d'angoisse beaucoup plus élevés que ceux qui l'avaient conservé sur eux. Par ailleurs, le niveau de leurs tests cognitif était nettement plus faible.

Ce que ces deux études indiquent, ce n'est pas tant que le téléphone ou la multiplication des écrans nous rend plus idiot. C'est que ces nouveaux usages reconfigurent nos mécaniques de pensées et de mémorisation sur des cycles plus courts qu'auparavant, et universalisent ce que j’appellerai une culture de la distraction. D'où l'importance, de temps en temps, de couper tous vos appareils le temps d'une journée ou d'un week-end. Passée les premières sueurs d'angoisse, vous verrez, au bout de quelques heures, on se sent très bien. (bis)

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