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Ouvrez, ouvrez la cage aux lapins

4 min
À retrouver dans l'émission

En cette journée anniversaire de la Grande Galerie de l’Evolution, je n’ai pas pu résister à l’envie / non pas de vous chanter du Pierre PERRET / mais de vous parler du lapin domestique. Ou, si vous préférez, du lapinou, comme vous aimez tant appeler vos collaborateurs, Marc...Que se passe-t-il avec le lapin domestique ? Une équipe internationale de chercheurs a étudié son génome, en le comparant à celui de lapins sauvages. Dans quel but ? Et bien pour comprendre comment a évolué le lapin en 1500 ans, à la recherche d’un éventuel gène de la domestication, puisque c’est à peu près à cette époque que nous avons mis nos amis à longues oreilles dans des cages.Vous noterez d’ailleurs, pour l’anecdote, que les premières traces de domestication du lapin se retrouvent dans des monastères du sud de la France, où l’on servait, au repas, des « laurices », soit - et je vous suggère de terminer tout de suite votre bouchée de pain au chocolat - des fœtus de lapereaux, consommés entier, qui se substituaient au poisson les jours de Carême.Ceci étant dit, qu’ont constaté les chercheurs ? Qu’en 1500 ans de domestication, l’ADN du lapin a changé. Et pas qu’un peu : il n’y a pas UN gène de la domestication, mais PLUSIEURS modifications sur de nombreux gènes, et notamment sur ceux qui sont impliqués dans le développement du cerveau.En fait, ce que 1500 ans d’évolution ont changé, c’est principalement la perte de la faculté à fuir, et de la capacité d’alerte chez le lapin domestique. Un lapin sauvage, au moindre rapace, ou au moindre museau de renard ou bout de fusil qui frémit dans un buisson, ça se carapate. Et bien en 1500 ans, le gène qui code cette réaction nerveuse a tout simplement été de moins en moins exprimé chez notre lapin en cage.Mais là où mon instinct domestique n’a fait qu’un tour, c’est en repensant à cette autre étude, signée du biologiste Jean-François BOUVET, sur l’évolution de l’Homo Sapiens, c’est-à-dire vous, moi et même Mathieu CONQUET…Une évolution qui pour le coup se serait détachée du darwinisme, c’est-à-dire du cours de l’évolution normale, et qui serait précipitée par notre environnement, ou plus exactement par notre propre influence, sur notre propre environnement.Ecoutez bien : en seulement 30 ans, l’être humain a gagné 5 centimètres, ce qui est FULGURANT à l’échelle de l’évolution. Mais ce n’est pas tout : la proportion d’obèses a doublé, l’âge de la puberté s’abaisse, en même temps que la longévité se rallonge, le taux de spermatozoïde a quasiment diminué de moitié chez les hommes, chez qui la testostérone, l’hormone masculine est en chute libre, et qui présentent de plus en plus de caractères PHYSIQUES de féminité.Et tout ça, en moins de 50 ans, c'est-à-dire à une vitesse inouïe à l’échelle de l’évolution humaine… et ce, non pas à cause d’une évolution génétique, mais comportementale et environnementale, et notamment à cause de la multiplication des perturbateurs endocriniens, qui peuvent avoir des effets sur plusieurs générations. Jean-François BOUVET parle d’ailleurs du passage de l’Homo SAPIENS, à l’Homo PERTURBATUS.Alors quel rapport avec notre lapinou du début ?Et bien si nous avons réussi, en 1500 ans de domestication à inhiber sa capacité d’alerte à et sa faculté de fuir, en écrivant cette chronique, hier soir collé depuis de trop longues heures devant mon écran en mangeant mon plat réchauffé au micro-ondes du haut de mes 1m92, je me suis rendu compte que j’avais totalement oublié où j’avais bien pu mettre les clés de ma propre cage.

lapin angora
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