LE DIRECT

Phobie, fais moi peur !

3 min
À retrouver dans l'émission

Ne vous méprenez pas il ne s'agit pas de politique intérieure, non, mais de cette mode imbécile des clowns terrifiants qui se sont multipliés dans les rues de France et de Navarre pour foutre une trouille bleue aux pauvres passants perdus dans la brume à minuit un soir d'Halloween - il ne vous aura pas échappé que c’était ce week-end.

une vilaine bête poilue
une vilaine bête poilue

Vous savez, la phobie des clowns a un nom qu'on a beaucoup entendu ces dernières semaines dans les médias, c'est la coulrophobie. Et des phobies, il y en a tellement qu'il est impossible d'en dresser une liste exhaustive, en fait on peut être phobique d'absolument tout, des clowns donc, des araignées bien sûr, c'est l'arachnophobie, il y a aussi (je prends ma respiration) l'HEXAKOSIOIHEXEKONTAHEXAPHOBIE (c'est la peur du nombre 666), mais pourquoi pas des fours à micro-ondes (je n'ai pas trouvé son nom à celle-là) ou même des tâches administratives, paraît-il... Vous êtes phobiques vous ?

Bref, la phobie c'est une peur démesurée d'une chose ou d'une situation précises, souvent qualifiée en psychiatrie de déraisonnable compte tenu de l'objet auquel elle s'applique.

Eh bien figurez-vous qu'une étude récente, publiée la semaine dernière dans The New Scientist, montre que des médecins ont réussi à guérir totalement un patient de son arachnophobie.

Alors, en fait, ce monsieur n'était pas traité POUR son arachnophobie, l'homme en question, un businessman de 44 ans, était traité pour une sarcoïdose, c'est une maladie inflammatoire qui en l'occurrence atteignait chez lui une zone de son cerveau appelée l'amygdale - pas celle au fond de la gorge, celle dans la tête.

Or, l'amygdale est impliquée dans nos réactions émotionnelles, notamment pour déclencher les peurs-paniques, parce que, voyez-vous, Marc, il n'y a pas qu'un seul type de peur.

Par exemple, si je prends cette chose que j'ai amenée exprès pour vous ce matin, dans cette petite boite... oui c'est une araignée morte... et hop je vous la jette dessus.

Voilà, vous avez une réacion de peur-panique : c'est un système d'alerte assez grossier, peu précis, mais qui a pour objectif de déclencher une réaction immédiate, extrêmement rapide face à ce que vous estimez être un danger putatif ; c'est un mécanisme de survie.

Maintenant si vous observez bien, ce n'est évidemment pas une araignée morte que je viens de vous jeter dessus mais une boule de feuilles séchées. Votre cerveau comprend qu'il n'y a pas d'alerte à avoir, mais dans un deuxième temps.

Or les phobies déclenchent le premier type de peur, la peur-panique.

J’en reviens à mon patient. On lui a retiré, pour traiter sa maladie inflammatoire, son amygdale gauche (parce que dans le cerveau, comme au fond de la gorge, il y a deux amygdales) et les médecins ont constaté une disparition totale de son arachnophobie. L'homme raconte même qu'il se sentait pousser des envies de toucher ces araignées qu'il ne pouvait même pas approcher quelques semaines auparavant.

Cette opération n'a en revanche rien modifié à ses autres peurs ou à ses autres angoisses, des peurs plus profondes, comme la peur de mourir ou de souffrir.

Alors bien sûr, cela ne veut pas dire qu'il faut lobotomiser tout ou partie de la population pour en finir une bonne fois pour toutes avec la peur-panique des clowns tueurs, mais cette découverte ouvre à la recherche un nouveau champ d'exploration, notamment pour comprendre avec plus d'acuité où se situe, dans notre cerveau le siège de nos peurs les plus profondes et permettre, enfin, peut-être, dans un futur proche à quelques pauvres malheureux de recommencer à remplir leurs feuilles d'impôts.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......