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Pleure-moi une rivière

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Ce matin, je vais tenter de vous expliquer pourquoi vous, moi, nos auditeurs chéris... pourquoi tout le monde se délecte, à un moment donné de sa vie - et en général, c'est rarement les jours de fête - à écouter de la musique triste.

sniff...
sniff... Crédits : Sasha Wolff

C'est vrai, quelle idée ? S'il y a un sentiment que nous essayons, au quotidien, de tenir éloigné de nous, c'est bien la tristesse... bon. Alors pourquoi diable prenons-nous du plaisir à écouter des mélopées mélancoliques, en ces mois d'automne, le nez collé contre la vitre du bus au son d'une mélodie mineure au piano en regardant les gouttes de pluie poussées par le vent et les feuilles mortes flotter dans les canaux des rues sous un ciel gris anthracite ?

Je pose cette question ce matin parce que figurez-vous que pas plus tard qu'hier, je mettais une touche finale au clip que je suis en train de tourner pour ce morceau précisément... (oui, il n’y a pas que vous dans ma vie, Marc).

Vous aurez peut-être reconnu l'air d'Always on my mind, de Brenda Lee, rendue célèbre par Elvis et repris de nombreuses fois, en l'occurrence, par le groupe The Irrepressibles, dont Mathieu CONQUET ne manquera pas, j’en suis sûr, de vous parler, si ce n'est déjà fait.

Bref, pas franchement une chanson pour faire tourner les serviettes en club discothèque... et hier, en tournant les derniers plans sur la plage d'Etretat, à la tombée de la nuit, dans ces lumières grises d'un soir d'automne sur la Manche, sous une pluie fine et perçante... je dois dire que je me suis demandé, sincèrement, pourquoi ces chansons, ces airs tristes m'étaient depuis si longtemps à ce point chevillés au corps.

J'ai évidemment interrogé ma nature atrabilaire, en me disant qu'il y avait au fond de moi un masochisme intrinsèque qui aimait à faire ressurgir de manière récurrente mes humeurs mélancoliques, et puis en fouillant un peu, je me suis rendu compte que pas du tout. Et que mon goût pour les tonalités mineures était peut-être, tout compte fait, l'exact inverse : la preuve que je suis une personne enjouée, riante, et finalement tout à fait équilibrée.

Ce n'est pas moi qui le dit, ce sont deux chercheurs de l'université de Berlin qui travaillent sur l'interaction entre la musique, le cerveau et le langage émotionnel, dans un article publié dans la revue PLOS One. Ils ont interrogé un peu plus de 700 personnes, de différents pays et de différents milieux socio-culturels

Qu'est-ce qui ressort de cette étude ? De façon assez logique, que tout le monde, quelle que soit sa culture, écoute plutôt de la musique triste en période de solitude ou de détresse émotionnelle. Jusque là, rien d’invraisemblablement nouveau. En revanche, ce dont témoignent les personnes interrogées, c’est que, loin d'amplifier le sentiment de tristesse, la musique triste leur permet de réguler leurs affects. Elle est très généralement associée à des sentiments plutôt positifs, comme l'apaisement, la sérénité, la tendresse, l'émerveillement ou l'élévation.

Ce que redécouvre cette étude, c'est tout bêtement l'effet cathartique des mélodies mineures, et l'importance que revêt cet effet cathartique dans la gestion de la tristesse.

En résumé, sans avoir à s'imposer la Compagnie Créole, la musique triste c'est bon pour le moral.

Et pour finir, savez-vous quel sont les morceaux tristes qui sont cités le plus souvent ? Vous, votre musique triste personnelle… ce serait quoi ? L'adagio pour cordes de Samuel Barber et La Sonate au Claire de Lune de Beethoven... perso, je préfère celui de Debussy...

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