LE DIRECT

Profond comme une machine

4 min
À retrouver dans l'émission

Une équipe d'informaticiens a mis au point un ordinateur capable de battre, seul, les vieux jeux d'arcane comme Pong et Space Invaders. Un développement de taille dans le "deep learning", ou la capacité des machines à apprendre sans aide extérieure.
J'avais bien pensé à vous amener un petit doliprane pour que ma chronique de ce matin passe mieux Marc, et puis j'ai lu une étude qui indique que le doliprane à haute dose toute la vie ça peut finir par être dangereux pour la santé alors j'ai renoncé.

Pong
Pong

Si je vous dis, Marc, ce matin, qu'une équipe d'informaticien a mis au point une machine qui arrive à battre, toute seule, sans qu'on ne lui ai rien expliqué, tous les jeux d'arcade de votre enfance.

Vous vous souvenez, quand vous trainiez en jean neige avec votre bande de jeunes loubards devant les bornes d’arcades du bistro du coin… Pong... Space Invaders... Arkanoïd...

Bon. Eh bien la machine en question arrive à bout de ces jeux sans que personne ne lui ait expliqué les règles, ni le background, ni rien. On ne lui a pas appris par exemple ce qui est implicite, pour nous humains, à savoir qu'un petit vaisseau spatial doit abattre des méchants extra-terrestres. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais c'est grâce à ces éléments contextuels que nous comprenons, nous humains, les règles du jeu. La machine, elle, ne sait rien de tout ça. Elle n'a accès qu'au score, et aux pixels qui bougent sur l'écran.

Alors, quand bien même, à vos oreilles de profane, tout cela vous semble facile ; après tout, un ordinateur moderne qui bat un vieux jeu des années 70... hein... y'a pas de miracle là-dedans.

Eh bien si. Précisément, c'est un pas important dans ce qu'on appelle le « deep learning », ou l'apprentissage profond en anglais, l'un des principaux domaines de recherche en Intelligence Artificielle aujourd'hui.

Laissez-moi vous expliquer. Le « deep learning », c'est la faculté qu'a une machine, un ordinateur, à prendre des décisions tout seul, à tirer des conclusions de ses choix et à s'améliorer sans aide extérieure.

C'est un peu comme si un enfant apprenait à lire tout seul, sans la supervision d'un adulte et sans avoir appris l'alphabet avec pour seules indications : "tu as compris" et "tu n'as pas compris".

Pour vous expliquer rapidement comment ça marche, la machine privilégie les algorithmes qui lui apportent un bon taux de bonnes réponses, et supprime les autres, et ainsi de suite jusqu'à ce qu 'il ne reste plus que les algorithmes qui lui assurent le succès dans sa tâche. En gros, ces machines fonctionnent un peu à la manière d'un cerveau humain, elles sont d'ailleurs organisées comme tel, en réseaux neuronaux.

Si j'ajoute maintenant que l'équipe de développeurs qui a réussi à créer cette machine est conduite par un certain Demis HASSABIS... lui même co-fondateur d'une société appelée « DeepMind », spécialisée dans le deep learning... et tiens donc, récemment rachetée une coquette somme par... Google... et oui.

Parce que du deep learning, figurez-vous qu'il y en a déjà partout autour de vous. Quand votre téléphone répond à une question que vous lui posez par exemple, ou quand votre réseau social favori reconnaît directement vos amis sur les photos que vous postez, sans que vous ayez à les identifier... ce sont des applications de l’apprentissage profond… et ce n'est que le début. Microsoft et Facebook, les GAFA dont vous parliez tout à l’heure, planchent aussi très dur sur le développement du deep learning, ce qui devrait conduire dans les prochains mois - allez, disons les prochaines années - à voir votre navigateur internet interagir de façon beaucoup plus proche avec vous, anticiper vos habitudes de navigation, de consommation, vos prochaines recherches, vos prochaines envies... Vous voyez le tableau ?

Pour l'heure, le deep learning est encore limité par la quantité de données qui peuvent être traitées. Un réseau neuronal peut apprendre, mais des choses relativement simples. En revanche, quand l'information pourra être traitée en qbits, avec l'apparition, toujours putative, hein, je le rappelle, de l'ordinateur quantique... lorsque le volume d'information traité à la seconde aura augmenté de façon exponentielle, alors ce n'est plus à Pong ou à Arkanoïd que ces machines pourront apprendre à jouer. Mais, pourquoi pas, à anticiper les tendances des flux d'information mondiaux... tiens, je vous avais déjà dit qu'un algorithme arrive à prévoir, avec 20 ou 30 minutes d'avance, ce que seront les prochains Trending Topics, les sujets les plus discutés sur Twitter ?

Et oui Marc, vous êtes un ensemble de données, un volume d’information, et bientôt, ces données que vous produisez, eh bien un ordinateur y aura déjà pensé, avant vous.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......