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Qu'est-ce qu'il a dans sa petite tête ?

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Le cerveau des tueurs diagnostiqués comme "psychopathes" fonctionne-t-il de la même façon que celui des autres types de criminels ? Des psychiatres ont voulu aller voir à "l'intérieur" pour mieux comprendre comment traiter ces grands criminels.
Après l'apocalypse, après les zombis, les tueurs psychopathes... Qu'est-ce qui se passe depuis mercredi pour que j'enchaîne comme ça tout le répertoire des films de série Z ?

Le festival du film fantastique de Gérardmer, qui a débuté mercredi et qui se termine dimanche, et auquel je file illico presto une fois cette chronique terminée.

Michael Myers
Michael Myers Crédits : Hersson Piratoba

Alors, qu'est-ce qu'ils ont les tueurs psychopathes qui mérite que l'on parle d'eux ici-même, dans une chronique scientifique ? Eh bien quelque chose qui cloche dans leur cerveau... jusque là, on pouvait s'en douter. Oui, mais des psychiatres sont allé voir directement à l'intérieur. Rassurez-vous, pas avec une scie circulaire et des gants en latex sur une table d’opération rouillée dans le sous-sol d’un asile psychiatrique abandonné, mais avec des moyens un chouya plus modernes : avec une IRM.

Alors, avant d'aller plus loin, il faut préciser que la notion même de psychopathie pour un tueur est une notion qui fait débat au sein de la communauté psychiatrique. Débat que nous n'allons pas trancher ici-même ce matin. Disons simplement ce sur quoi tout le monde semble s'accorder, à savoir que la psychopathie est un trouble de la personnalité qui est caractérisé par un déficit d'empathie, et une incapacité à ressentir le remords. A la louche, merci à nos amis auditeurs psychiatres de ne pas immédiatement me noyer sous des messages d'insulte, j'essaye de synthétiser.

Bon. A partir de là, une équipe de psychiatres britanniques, américains et canadiens a voulu essayer de comprendre comment soigner les personnes atteintes de troubles psychopathiques, par rapport à d'autres adultes ayant eu des comportements violents et criminels et si la réponse, par l'enfermement et la thérapie était adaptée, ou non, à ce type de trouble. Les résultats de l'étude viennent d'être publiés dans The Lancet Psychiatry.

Ils ont donc fait passer des IRM à deux groupes de personnes : un groupe d'adultes criminels, dont certains étaient diagnostiqués psychopathes et d'autres non, et un groupe témoin. Et quand on parle d'adultes criminels, c'est pas du vol de bonbons à l'étalage hein... on parle de gens reconnus coupables par la justice de faits très graves : viols, meurtres etc.

Ils ont donc soumis ces personnes à une sorte de jeu, pendant la durée de l'IRM. Le jeu, tout simple en apparence, était en fait faussé.

Il s'agit d'un jeu de memento, ou vous devez retrouver des paires de cartes. A ceci près que l'attribution des points change brusquement, sans prévenir. Par exemple, le fait de retrouver les bonnes paires fait d’un seul coup baisser le score, sans aucune espèce d’avertissement... il faut à la place faire des paires rouges et noires par exemple. Ce que mesurent ces changements erratiques de règles, c'est la capacité d'adaptation, d'apprentissage et surtout la réaction à ce qui est conçu comme une punition : perdre des points alors que l'on pense avoir bien effectué une tâche.

Que disent les IRM des différents groupes à l'issue de ces tests ?

Eh bien que seules les IRM des criminels psychopathes présentent des différences, par rapport aux autres criminels violents non psychopathes, et par rapport au groupe témoin.

La différence se situe dans deux zones cérébrales : le cortex cingulaire postérieur, et le cortex insulaire. Deux zones qui sont le siège de multiples fonctions, mais principalement de l'apprentissage et de l'empathie. Ce que révèle l'IRM, c'est que le cerveau des personnes diagnostiquées comme psychopathes ne réagit pas de la même façon aux principes de punition et de récompense. La conséquence de cette différence structurelle, c'est que ces personnes n'envisageraient que les conséquences potentiellement positives de leurs actes et de leurs choix – même si ces choix sont erronés, et laisseraient de côté toute notion d'échec et/ou des conséquences négatives que leurs actions ou leurs choix pourraient avoir.

Ce qui exclut, de facto , toute thérapie fondée sur l'apprentissage via le remords ou le regret. Par exemple, vous Marc, aujourd'hui, après 5 mois passé ensemble... vous regrettez de m'avoir fait venir chaque jour à 8h45.

Bon, et bien bonne nouvelle : vous n'êtes pas un psychopathe. Sur ce, je vous laisse, je saute dans le train direction Gérardmer passer un week-end avec des monstres, je vous raconterai tout lundi.

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