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Retour vers le passé

3 min
À retrouver dans l'émission

Il m'est arrivé un drôle de truc hier matin en me réveillant, et en allumant mon ordinateur sur mes sites d'information favoris... il y avait partout ces gros titres, accompagnés de photos de gens en rose et bleu, ça parlait d'un papa et d'une maman, d'unions contre-nature... alors je me suis frotté les yeux, je me suis dit que j'y étais allé un peu trop fort samedi soir et qu'on ne me reprendrait plus à manger le ver au fond de la bouteille de mezcal.

hier, aujourd'hui ou demain ?
hier, aujourd'hui ou demain ?

Je suis allé me recoucher, et puis quand je me suis réveillé, pour la 2ème fois, et bien c'était toujours là. Les mêmes titres, les mêmes couleurs rose et bleu, et le papa et la maman et tout le toutim.

Et là d'un seul coup, je me suis frappé la paume sur le front – ce que j'ai immédiatement regretté – et je me suis dit : ça y est. L'humanité a atteint le point de singularité, et les scientifiques ont découvert le voyage dans le temps. Un truc qui a dû se passer de traviole dans le grand collisionneur de Hadron à Genève et paf... ! On est revenu un an en arrière.

Vous imaginez mon état d'exciation, devant les multiples perspectives qui venaient de s'ouvrir tel un gouffre béant devant mes yeux fatigués. Ni une ni deux je me suis précipité dans ma bibliothèque pour relire "La fin de l'éternité" d'ASIMOV en me demandant à quel endroit du passé j'allais pouvoir remonter pour changer drastiquement le sort de l'humanité et devenir un héros du multivers.

Jusqu'à ce que mon téléphone sonne quelques minutes plus tard : c'était Mathieu CONQUET qui voulait me faire écouter son nouveau disque IN-CRO-YABLE de techno-minimaliste révolutionnaire péruvienne intégralement remixé à partir de cris naturels de yaks.

Et c'est là que je me suis dit que j'avais dû m'enflammer un peu vite – et que VRAIMENT, plus jamais je ne mangerai ce ver au fond de la bouteille de mezcal.

Tous mes rêves de lecteur acharné de science-fiction se sont effondrés, mes fantasmes d'un monde meilleur où l'on aurait retiré de l'histoire de l'humanité la souffrance, la violence, la bêtise, la guerre et la mort se sont écroulés comme un chateau de sable balayé sur la plage pas une vague trop forte... et je me retrouvais, comme un enfant, les larmes aux yeux avec ma pelle et mon seau, devant ces photos rose et bleues, et le papa, et la maman, et tout le toutim.

Nous étions bien dimanche 5 octobre 2014... dans le présent. Et tous les grands médias généralistes ne parlaient que de ce défilé que je croyais appartenir au passé.

Ce dimanche 5 octobre... au lendemain du jour où la revue médicale, The Lancet, annonçait la naissance, pour la première fois au monde, d'un bébé issu d'une mère qui avait subi une greffe d'utérus... à quelques semaines de l'examen, par le parlement britannique, d'autoriser, ou non, ce qu'on appelle maladroitement, la conception de bébés "à trois parents", c'est à dire de la greffe du patrimoine génétique d'un ovule dans l'ovule d'une donneuse ; l'enfant ainsi né a 99,9% du patrimoine génétique de ses deux parents, et 0,1% du patrimoine génétique mitochondrial de la donneuse d'ovocyte.

Ce que je veux dire, c'est que depuis des années, depuis la première fécondation in vitro en 1978 et jusqu'à aujourd'hui, le progrès technique a depuis longtemps rendu obsolète ce que certains envisagent comme la configuration "naturelle" de la procréation, et permis à des milliers de couples de fonder une famille, indépendamment de leur condition de santé, ou de la nature de leur sexualité. Les enfants nés de ces arrangements avec la nature existent, ils vivent, ils sont partout autour de nous, peut-être même autour de cette table, et la civilisation ne s'est pas pour autant effondrée.

Au temps pour moi, donc. A défaut d'avoir sauté dans le futur, et même si certains s'obstinent à regarder vers le passé, je continue pour ma part à trouver notre temps, le temps présent, riche de promesses et d'espoir pour l'avenir. Et même si le voyage dans le temps n'est pas pour tout de suite, une chose est sure et certaine Marc... plus jamais le ver au fond de le bouteille de mezcal.

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