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On songe à réédifier, en sa primitive splendeur, le Colosse de Rhodes

3 min
À retrouver dans l'émission

par François Angelier

Donc, si j’en crois ces deux piliers de notre culture que sont le Département des Antiquités grecques du Musée du Louvre et la page « Loisirs et spectacle » du Parisien, on songe à réédifier, en sa primitive splendeur, la légendaire statue du Colosse de Rhodes. « On », c’est, en l’occurrence, M. Georges Hatzimarkos, gouverneur des 160 îles, îlots et récifs de l’état du Dodécanèse, qui souhaite, je le cite, en « raviver le mythe ». La facture du « ravivement » se montant à cent millions d’euros, on tremble qu’il ne passe à l’acte et ne mette sa rêverie à exécution. Car le Colosse de Rhodes, IVe et IIIe s. avant J.C., c’est du lourd et même du très lourd : membre du club fort sélect des sept merveilles du monde, figurant, soixante-six ans durant, Hélios, Dieu du soleil, s’employant à rayonner sur notre pauvre monde, bâti en bois et bronze au fil des quatorze années d’un interminable chantier, haut de 32 mètres, quelques seconde suffirent à un tremblement de terre mutin pour le mettre sur les genoux. Ses 20 tonnes de tessons encombrèrent quelques siècles durant le port de Rhodes avant qu’un ferrailleur arabe compatissant n’affrète 900 chameaux pour en débarrasser les quais. Hélios bonpourlakas, dieu du Soleil, avait vécu. Sergio Leone, en 1961, lui fit l’hommage par d’un péplum XXL. Alors, pourquoi remuer la cendre de pareille catastrophe ? C’est que la Grèce est vouée au colossal : colossale sa dette publique, colossale son chômage, colossale la pollution d’Athènes, colossaux les pompons à la pointe des chaussons de parade de sa garde présidentielle. Quand on retrouve le pied ou la tête d’un de ses dieux, d’une de ses déesses, ils sont colossalement colossaux. La colossalitude est son atmosphère spontanée. Va donc pour le Colosse de Rhodes. Mais une question se pose : quel physionomie lui donner ? Onassis, il fait peur aux mouettes, Demis Roussos, trop kitsch, Anthony Quinn, irlando-mexicain. On ne va tout de même faire du Dieu soleil un de ces souleveurs de fonte à l’œil bovin, donner au Lucifer olympien embrasant le monde la dégaine avantageuse d’un pizzaiolo bodybuildé ou d’un plagiste ramboïde moutonnant du biceps. Et d’abord pourquoi un homme ? L’heure n’est-elle pas venu d’inventer LA colosse de Rhodes. Reste à trouver la femme grecque à ce point iconique qu’elle puisse « raviver » le mythe colossal : Une nana Mouskouri en bronze de 32 mètres avec des lunettes en marbre d’une demi tonne aurait du relief. Une Maria Callas en laiton niellé, également. Mais, cela dit, quelle est la femme qui veille au mieux, aujourd’hui, telle une divinité tutélaire, sévère et juste, au destin de la Grèce. Christine Lagarde. Une Christine Lagarde de 32 mètres, en bronze, portant au bras un sac à main griffé en marbre noir de quinze tonnes et, de noué autour du cou, un carré Hermès en aluminium argenté de huit cents kilos. Voilà qui aurait de l’allure. Mais un petit démon me susurre à l’oreille que … affaire Tapie… que… départ en retraite, que… Il est vrai que vu la vitesse à laquelle, aujourd’hui, se font et se défont les réputations, sage et moins onéreux serait d’opter pour un modèle gonflable. Une Christine Lagarde gonflable de 32 mètres, vous je ne sais pas, moi cela me rend mélancolique. Ernest Renan a connu « le linceul de pourpre où dorment les dieux morts. », nous aurons, nous, connu le hangar municipal où l’on range les icônes dégonflés. Je m’en souviendrais de cette planète.

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