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Tous ensemble ?

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Comment ne pas se sentir rasséréné par cet élan, le nombre face à la barbarie isolée, la foule compacte réunie autour de valeurs communes, de la République à la Nation, vous en parliez tout à l’heure, une toponymie si symbolique... symbole certes lourdement écorné par quelques ennemis de la liberté d'expression, que Charlie Hebdo combattait et combat encore pied à pied, invités en tout bien tout honneur dans le carré de tête.

culture du riz
culture du riz

Mais ce n'est évidemment et heureusement pas cela que l'on retiendra de la marche d'hier, on retiendra le nombre, la solidarité, la collectivité. « Nous serons trop nombreux pour être récupérables » disait ce matin encore un grand penseur de la contemporanéité, suivez mon regard... et cet élan collectif, c'est vrai qu'il fait du bien. C'est vrai qu'il est essentiel, d'autant plus essentiel qu'on déplore suffisamment l'individualisme, le chacun pour soi, l'incapacité à penser l'altérité de notre société consumériste occidentale, qui place si souvent la satisfaction immédiate de ses désirs avant l'intérêt de la collectivité.

Mais pourquoi me demandai-je hier, pourquoi donc n'arrivons nous pas plus souvent, pas plus longtemps à maintenir ces élans de solidarité. Pourquoi nos sociétés occidentales semblent-elles condamnées à cet individualisme intrinsèque, pourquoi nous est-il si difficile de penser collectivement, de nous envisager comme un groupe animé par une volonté commune ?

Eh bien, croyez-le ou non, la réponse à cet individualisme occidental est peut-être à aller chercher du côté de l'origine de notre civilisation, à savoir l'agriculture.

Ce sont les conclusions d'une étude menée par un chercheur en psychologie sociale à l'université de Virginie, aux Etats-Unis. Etude dont le postulat est le suivant : et si la culture des céréales avait déterminé, il y a fort longtemps, notre mode de rapport à l'autre ?

Je vous explique : en occident, la principale céréale cultivée est le blé. En Asie, c'est le riz. Et ce, depuis le Néolithique, c'est-à-dire il y a un peu plus de 10 000 ans, quand les humains ont commencé à se sédentariser.

Les sociétés occidentales sont aujourd'hui considérées comme individualistes, là où les sociétés orientales sont, elles, collectivistes.

Dans son étude, ce chercheur compare les deux types de culture : la riziculture inondée demande une grande coopération entre les agriculteurs. L'eau doit circuler entre les parcelles, d'amont en aval, et il faut collaborer si l'on veut éviter que la parcelle du voisin soit drainée ou noyée.

Pour le blé en revanche, la traction par des bêtes, bœufs ou chevaux, a rendu la culture aisée, sans véritable nécessité de coopération.

Voilà donc qui aurait conduit, in fine , à modéliser les processus cognitifs des sociétés occidentales et orientales de façon très différentes. L'individualisme conduisant à une structuration de la pensée beaucoup plus analytique (penser les objets indépendamment de leur contexte), là où le collectivisme amène à une structure de pensée holistique, dans laquelle chaque chose fait partie d'un tout.

Pour en faire la preuve, ce chercheur a fait passer un certain nombre de tests à des populations vivant dans des régions qui cultivent soit le blé, soit le riz. Et chacun des tests confirme cette catégorisation.

Par exemple, au test des cercles, où il s'agit pour les sujets de se représenter eux et leur réseau d'amis par des cercles reliés les uns aux autres... dans les régions à culture de blé, le cercle par lequel les sujets se représentent eux-mêmes est plus grand de plusieurs millimètres que les autres cercles, tandis que dans les régions rizicoles, le cercle est de même taille, voire légèrement plus petit.

Idem sur les statistiques de divorce, un des marqueurs associés à l'individualisme. Il est 50% inférieur dans les régions rizicoles que dans celles où le blé est la culture dominante.

Alors si c'est bien l'agriculture, entre autres, qui nous a prédisposés à cet individualisme que l'on fustige si souvent mais contre lequel, hormis hier, nous luttons si peu, réjouissons-nous d'autant plus de ces instants suspendus dans le temps et dans l'histoire, de ces instants de communion populaire, où l'on peut marcher même derrière des tyrans ou des démocrates à la petite semaine qui estiment que la liberté est une variable d'ajustement, parce que ce ne sont finalement pas ces tyrans qui importent mais cette collectivité unie dans l'instant, et la marque qu'elle laissera à l'intérieur de chacun d'entre nous.

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