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Trompe la mort

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À retrouver dans l'émission

Une avancée dans la lutte contre le SIDA. Des chercheurs ont mis au point un leurre, qui arrive à tromper le VIH et qui a permis de protéger des populations tests de singe sur une période de plusieurs mois.
C'est vrai que pour commencer la semaine, je me suis dit qu'un peu de positif ne ferait pas de mal... Surtout quand on voit les grands titres de la presse scientifique du mois… Et puis vous me reprochez suffisamment de passer mon temps à vous parler de la fin de l'humanité, de la destruction accélérée de l'environnement et de l'urgence à arrêter de manger de la viande pour protéger notre planète.

VIH (en vert) sur un lymphocyte
VIH (en vert) sur un lymphocyte Crédits : CDC/ C. Goldsmith, P. Feorino, E. L. Palmer, W. R. McManus

Tiens, d'ailleurs à ce propos, vous savez quelle sera la part de l'élevage dans la production de gaz à effet de serre, d'ici 2050 ? Un tiers ! Un tiers des gaz à effet de serre seront produits par ces animaux qui se retrouvent dans votre assiette, ce n'est pas moi qui le dit c'est la FAO, la branche alimentation et agriculture de l'ONU ; compte tenu de l'évolution du cheptel, puisque l'humanité consommera en 2050 le double de ce qu'elle consommait en viande en 1999...

Mais trêve de déclinologie, comme je vous l'avais promis, pour bien commencer la semaine, je vous apporte une bonne nouvelle... bonne nouvelle sur le front de la lutte contre le SIDA.

Oui, bon dit comme ça ça donne pas tout de suite envie de sortir les cotillons, et pourtant... une nouvelle piste de recherche, qui a donné lieu à une publication dans la revue Nature la semaine dernière, a donné des résultats extrêmement encourageants sur des populations tests de singes.

Que je vous explique un peu. On parle à tort et à travers d'un éventuel futur « vaccin » contre le VIH. Or ce vaccin est très difficile à produire, du fait de la nature même du VIH qui est un rétrovirus qui mute très rapidement. Je vous passe les détails, mais c'est compliqué.

C'est pourquoi la recherche essaye d'explorer des voies annexes, pour contourner ce problème de variabilité du VIH. Et en l'occurrence, l'équipe pluridisciplinaire du Centre for Desease Controle (le CDC américain) et du laboratoire GSK ont eu l'idée de créer un leurre... de tromper le virus.

Comment est-ce qu'on peut créer un leurre à l'intérieur du corps humain, me direz-vous, intrigué que vous êtes par cette chronique bonne nouvelle du lundi matin.

Vous savez, ou non, que le VIH se fixe sur un certain type de cellule sanguine, les lymphocytes T4. En gros ce sont nos globules blancs, le VIH s'y fixe grâce à des capteurs, des sortes de petites clés qui lui permettent de rentrer à l'intérieur du globule pour se reproduire, proliférer et finir par le détruire de l'intérieur.

Ce que les chercheurs ont mis au point, c'est une protéine qui a les mêmes clés que les lymphocytes T4. Et du coup, le virus – c'est pas très malin un virus hein, ça s'accroche là où ça peut – eh bien il va aller se fixer sur ces protéines, ces leurres au lieu d'aller s'accrocher aux globules. Sauf qu'une fois qu'il est accroché, eh bien comme il n'y a pas de cellule dans laquelle il peut se reproduire... il est foutu.

Il reste donc à apprendre aux cellules à créer ces protéines leurre ; pour ça, les chercheurs ont mis au point un autre virus, inoffensif, qu'on injecte aux sujets tests... et c'est là que ça devient intéressant, parce qu'une fois que le corps a appris à fabriquer ces leurres, eh bien il semble l'avoir appris pour un bon bout de temps.

Les quatre singes qui ont été traités ont présenté une résistance au VIH pendant 34 semaines, soit environ 8 mois. Alors, comme toujours avec ces essais, il ne faut pas crier victoire trop vite. Ce n'est pas parce que ça a fonctionné sur des singes que cela fonctionnera mécaniquement chez l'homme ; il faut encore examiner les effets secondaires de cette protéine artificielle, de la modification du génome, etc.

Mais c'est une piste indiscutablement nouvelle, qui pourrait, si les essais cliniques prophylactiques confirment ces résultats, être très utile pour protéger les personnes les plus exposées au VIH et notamment les femmes de l'Afrique Subsaharienne, qui représentent aujourd'hui plus de la moitié des personnes contaminées dans le monde.

C'est une bonne nouvelle, non ?

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