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Un coup de dés jamais n'abolira le hasard

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Fumons, buvons, polluons... finalement, ça ne change pas grand chose à notre santé.

Ou tout du moins c'est le bruit de fond médiatique émis depuis la semaine dernière et la publication vendredi 2 janvier d'une étude dans la revue Science, étude signée par deux biostatisticiens de l'Université de Médecine John HOPKINS dans le Maryland... étude qui porte sur les cancers, qui seraient dans les deux tiers des cas le fruit du pur hasard, un manque de chance issu d'une division cellulaire qui aurait mal tourné en générant des mutations génétiques aléatoires qui finissent, pas de bol, en tumeur.

un coup de dés...
un coup de dés... Crédits : Maximaximax

Bingo, un 2 janvier, dans la torpeur post-réveillon, après avoir ingurgité des quantités pharaoniques d'alcool avec ou sans bulles, et de graisses saturées, l'occasion était trop belle de faire amende honorable sur les excès de la fin de l'année ; pas d'inquiétude, finalement, ce que dirait cette étude en filigrane, c'est que, quoi qu'on ingère, quels que soient les toxines et les polluants divers et variés auxquels nous sommes soumis... eh ben tout ça, si cancer il y a, c'est la faute à pas de bol, chéri(e) va faire démarrer le diesel on pousse le chauffage à fond et ce soir c'est patates à l'huile de palme et aux pesticides pour tout le monde.

Il faut bien entendu mesurer un peu et remettre en perspective les résultats de cette étude.

Pour commencer, rappeler que les deux chercheurs se sont penchés sur 31 types de cancer pour essayer d'en comprendre les causes ; ils ont donc exclu de leur recherche, logiquement dans la perspective de cette étude, les cancers dont on connaît précisément les causes, et notamment les causes génétiques.

C'est le cas du cancer du sein, premier cancer en fréquence chez la femme, ou du cancer de la prostate, deuxième cancer chez l'homme. Ce qui constitue un premier biais de taille.

Par ailleurs, si sur les 31 types de cancer étudiés, 22, selon les résultats de l'étude, semblent être conditionnés par des mutations aléatoires au moment de la réplication des cellules, il n'est pas exclu que de futures recherches découvrent à ces cancers des origines génétiques qui sont, pour l'heure, encore inconnues.

Par ailleurs, rappelons qu'un tiers des cancers étudiés sont attribuables à des facteurs génétiques ou environnementaux – ce n’est pas rien, un tiers - dont le cancer du poumon, plusieurs cancers colorectaux... et rappelons également que l'étude précise que les cancers dits « aléatoires » voient leurs chances d'apparition augmentées par des facteurs environnementaux.

Ne vous en déplaise, Marc, mais plusieurs autres études expliquent comment un régime surabondant en viande augmente les risques de cancer, du sein chez la femme mais aussi du colon, et ce pour une personne sur trois qui a une variation génétique qui prédispose à ce type de tumeur... et jusqu’à preuve du contraire, fumer ou boire de l’alcool en quantité reste un facteur de risque majeur pour un grand nombre de cancers, du poumon en passant par la vessie, la gorge, l’estomac, la langue et j’en passe…

Voilà pourquoi il me semblait important de remettre quelques faits à l'endroit - je vous suggère notamment de jeter une oreille au reportage du 18 décembre dernier, dans Les pieds sur terre, consacré aux conséquences sur la santé des pesticides chez plusieurs ouvriers agricoles...

Si personne n'est, manifestement, à l'abri d'une mutation génétique malheureuse, il est toujours temps de réduire, à l'échelle individuelle, notre exposition aux facteurs extérieurs aggravants et la liste, Marc, est faite pour vous déplaire absolument : finie la cigarette, nettement moins de viande, peu ou pas d'alcool, surtout pas de graisses saturées, des légumes de préférence de saison – ça améliorera en plus votre bilan carbone, et non traités aux pesticides... oui, c'est ça qu'on appelle « bio ».

Bref, voilà, à ceux qui en prenant quelques raccourcis un peu trop rapides, auraient voulus se cacher derrière l'argument fallacieux de « oh mais de toutes façons, ils ont dit que le cancer c'était la faute à pas de bol », jusqu'à preuve du contraire, si c'est partiellement la faute à pas de bol, et puisqu'un coup de dé jamais n'abolira le hasard... rien ne sert en prime d'aggraver votre manque de chance.

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