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Un pas en avant, un pas en arrière

3 min
À retrouver dans l'émission

Je ne vais pas vous raconter dans le détail l'état déplorable dans lequel j'ai passé la semaine dernière, saisi par la fièvre, emmitouflé dans des couvertures, dans un état semi-végétatif entre veille et sommeil, sans trop savoir très bien ce qui relevait de mes rêves, de mes délires enfiévrés ou de la réalité, il faut que je vous avoue que j'ai un peu perdu pied.

Big Bang
Big Bang Crédits : NASA

Il n'y avait dans mon obscurité qu'une bouée, qu'un phare unique dont la lumière blafarde illuminait par intermittence mon horizon, au loin dans la brume marécageuse de mes miasmes, il faut que je vous l'avoue, Marc, c'était votre voix le matin.

Votre voix comme une balise, aux petites heures de l’aube, qui me rappelait au réel, vos messages quotidiens de soutien à l’antenne, votre léger accent chantant du sud-ouest que vous n'arrivez jamais tout à fait à cacher... c'était le signe qu'un nouveau jour advenait, un nouveau jour de fièvres et de sanies, mais un nouveau jour tout de même.

Et puis... les choses ont commencé à se dérégler.

Un matin, après une nouvelle nuit agitée de spasmes, la tête baignant dans mes sudations gelées par l'air frais du petit matin, votre voix n'était plus la même... c'était celle d'Hervé GARDETTE, comme dans mes jeunes heures d'auditeur inconditionnel de France Culture, ne ratant pour rien au monde le journal de 8h présenté par cette voix chaloupée et taquine. Je songeais un instant que je délirais, mais le lendemain, rebelote... un habillage nouveau, Mathieu CONQUET avait lui aussi disparu, il était question d'Istanbul et de loukhoums.

Je pensais mettre ces hallucinations sur le dos d'un retour de flamme de la maladie qui redoublait d'intensité quand, paniqué, je me ruais sur mon fidèle compagnon informatique pour tirer au clair ces tours que semblait me jouer mon esprit.

Et là, horreur, malheur, que vis-je ?

Une simple hypothèse, émise par un chercheur de l'université d'Oxford, et publiée dans la revue Physical Review Letters. Hypothèse qui avance que le Big Bang n'aurait pas créé un, mais DEUX univers... dont un qui avance dans le temps, le nôtre. Et un qui recule dans le temps.

Tout devint clair j'étais bloqué dans cet univers à rebours, et bientôt j'aurais à nouveau le loisir d’écouter en votre lieu et place, Marc, notre estimé confrère Jean LEBRUN – ce qui me réjouissait autant que cela m'attristait.

Mais alors... comment ça deux univers dans deux directions temporelles différentes ?

Eh bien, si le temps, selon la façon dont nous le percevons, n'avance que dans un sens - une flèche vers l'avant - c'est que jusqu'à présent, il est selon les physiciens conditionné par les lois de la thermodynamique, et notamment la 2ème loi, celle qui régit l'entropie. L'entropie, c'est dire que tout système évolue naturellement et irréversiblement vers un état de plus grand désordre. Un peu comme votre bureau, Marc. Ainsi l’univers va depuis le Big Bang d’un état très ordonné, très rassemblé vers un état plus désordonné, d’expansion.

Or, selon ces chercheurs britanniques, il se pourrait que ce ne soit pas la thermodynamique mais la gravité qui influe sur le temps.

Dans une simulation réduite, sur 1000 particules, soumises à la seule gravité, ils ont observé que ces particules se divisaient en deux groupes qui évoluaient, dans deux directions opposées.

Appliquer ce schéma à l'univers et au Big Bang, cela signifierait donc qu'un deuxième univers a été créé en même temps que le nôtre, à ceci près que dans cet univers, ce qui va advenir est ce qui, pour nous, est déjà advenu.

A peine revenu et je recommence déjà à faire des nœuds avec votre cerveau. Bref, aussi difficile à imaginer que cela puisse être, selon cette théorie, il existerait un univers parallèle qui régresse dans le temps.

Bon, il s'agit comme je vous l'ai dit d'une hypothèse – indémontrable en l'état, mais d'une base de recherche sur le rôle de la gravité sur le temps. Et moi je sens qu'il est temps que je retourne dormir encore un peu, hein, je reviendrai demain avec un truc que vous comprendrez Marc. Promis.

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