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Un peu plus près du soleil

4 min
À retrouver dans l'émission

ICARE c'est bien sûr le fils de Dédale, vous connaissez sur le bout des doigts vos Métamorphoses d'OVIDE, surtout depuis la remise au goût du jour du cinéaste Christophe HONORE, petit polisson, avec tous ces jeunes gens tout nus... Dans le livre VIII, Ovide raconte il s'enfuit du labyrinthe, pour échapper à la vengeance de Minos... grâce aux ailes en plume et en cire élaborées par son père Dédale... qui lui suggère de ne pas trop s'approcher du soleil... las, Icare grisé par le vol et par l'astre solaire va s'y bruler les ailes et faire un plongeon mortel dans la mer qui porte aujourd'hui son nom...

Icare et Dédale
Icare et Dédale Crédits : Charles-Paul Landon

Pourquoi donc avoir choisi ce nom funeste pour cette stratégie thérapeutique, elle, prometteuse... ICCARRE, avec une double entorse au mythe, un double C et un double R pour l'acronyme de « Intermittents, en Cycle Courts, les AntiRétroviraux Restent Efficaces »... ni l'histoire, ni l'équipe du docteur Jacques LEIBOWITCH ne le dévoilent...

Alors, qu'est-ce que c'est ce que ce galimitias d'ICCARRE 2 C 2 R...

Pour préciser tout de suite les contours, il ne s'agit ni d'un vaccin, ni d'un remède contre le VIH... mais plutôt d'une façon de soulager la vie des patients séropositifs, qui sont sous traitement ad vitam... tout au long de leur vie, ils prennent des anti-rétroviraux qui permettent de bloquer la réplication du virus dans l'organisme jusqu'à rendre sa présence indétectable dans le sang...

Mais le prix à payer pour arriver à ce niveau dit indétectable... C'est donc un traitement quotidien, 7 jours sur 7, qui combine plusieurs molécules, ce sont les tri ou quadri-thérapies... c'est un traitement lourd, qui est loin d'être anodin, qui demande un suivi rigoureux, avec parfois, on oublie trop souvent de le rappeler, des effets secondaires lourds... qui excluent de facto certains malades des polythérapies parce qu'ils ne supportent pas le traitement...

Bref, contrairement à l'air du temps, qui voudrait que le VIH soit devenu une maladie chronique, dont on ne guérit pas, certes, mais avec laquelle on peut bon an mal an vivre au quotidien sans trop de désagréments... et bien ce n'est pas le cas pour tout le monde, et les poly-thérapies comme je le disais restent une contrainte très lourde au quotidien pour les personnes qui vivent avec le VIH...

Et c'est justement à ça qu'ICCARRE s'est attaqué... à réduire la quantité de médicaments que les patients doivent prendre, tout en maintenant la charge virale dans cette zone d'indétectabilité...

Une première volée de résultats a été publiée il y a 4 ans sur 48 patients... des résultats complémentaires vont être publiés dans les prochains jours... sur 100 patients. ICCARRE a permis à ces personnes séropositives, de réduire la prise d'anti-rétroviraux de 7 jours sur 7 à 4 jours sur 7. C'est assez colossal, compte tenu de la toxicité à long termes des traitements anti-rétroviraux, qui sont un véritable problème pour le suivi des personnes séropositives.

Cela faisait longtemps que les associations de lutte contre le SIDA réclamaient des protocoles d'allègement thérapeutique... pour des raisons à la fois physiques, prendre un traitement pendant 40, 50 voire 60 ans, ça a de répercussions lourdes... mais aussi psychologique... sans parler bien sûr de la réduction des coûts, pour le patient et pour l'assurance maladie... voilà donc qu'ICCARRE semblerait leur donner enfin raison.

Cerise sur le gâteau... l'équipe du docteur LEIBOWITCH et de l'hôpital Raymond POINCARE de Garches se targue de la naissance de 10 bébés de patients sous ICCARRE, dans des couples séro-différents, sans qu'aucun des bébés, ni le géniteur séronégatif ne soient contaminés. (je rappelle que pour ces couples, le parcours standard pour pouvoir avoir un enfant est de passer par la Procréation Médicalement Assistée, la PMA).

Voilà pourquoi, plutôt que de dégoiser comme beaucoup de monde sur ces traitements Pré-Exposition, vous savez l'essai IPERGAY et le Truvada, ces pilules pseudo-magiques que l'on pourrait prendre avant d'avoir des rapports non-protégés et qui réduisent les risques d'être contaminé... des traitements qui vont faire le bonheur des laboratoires pharmaceutiques, qui s'adressent principalement à une micro-population de personnes qui ont des pratiques à risque, les moyens et surtout l'accès à ce type de traitement... est-ce que le PrEP sera disponible pour l'Afrique Subsaharienne ou pour les travailleuses du sexe sans papier, voilà une question qui continue, étonnamment, de se poser...

Bref, voilà pourquoi je voulais aujourd'hui vous parler d'ICCARRE, pour apporter un rayon de soleil dans la vie des patients séropositifs avec la perspective d'un éventuel allègement de leur traitement... sans risque, cette fois, qu'ils se brûlent les ailes...

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