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Vous reprendrez bien un peu de boulgour ?

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Il faut que vous fasse, à vous ainsi qu'aux auditeurs, une confidence : j'entame mon troisième jour sans viande. Voilà. Je fais mon coming-out végétarien.

pièces de boeuf
pièces de boeuf

Bon, pour le moment, je me suis fixé juste une semaine, pour voir comment ça fait. Parce qu'il faut que je vous avoue autre chose. J'adore la viande. Mais j'adore ça. La viande rouge. Une côte de bœuf au grill, avec juste ce qu'il faut de gros sel, ultra saignante. C'est ma passion, mon péché mignon. J'adore tellement la viande rouge que je peux la manger n'importe comment, à n'importe quelle sauce, de préférence crue ou bleue.

Mais voilà... cette passion pour la viandasse entre de plus en plus en contradiction avec mes convictions.

Je vais pas vous refaire tout le topo hein, sur la quantité d'énergie et de CO2 dépensés pour un kilo de viande par rapport à un kilo de légumes ou de céréales ; en tout, l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation estime que le bétail représente à lui seul 18% des émissions de gaz à effet de serre de la planète.

Mais bon, il n'y a pas que ma pseudo-conscience écologisante de petit journaliste parisien qui me travaille, il y a aussi, et l'exemple de la ferme des 1000 vaches en ce moment en Picardie, ou de la future implantation d'un élevage de 250 000 poulets. Il y a le problème de l'industrialisation de l'élevage, couplé à celui de la souffrance des animaux - je ne sais pas si vous avez déjà jeté un œil aux vidéos tournées dans des abattoirs industriels X ou Y, c'est proprement insoutenable... (bon ok, le passage de Mathieu RICARD dans ce studio la semaine dernière n'est peut-être pas pour rien dans ma semaine sans viande, je l'avoue publiquement).

Néanmoins, tout ça, je le savais depuis belle lurette, et ça ne m'a pas empêché de me précipiter à la première invitation à un barbecue. Et bien ça a un nom cet aveuglement sélectif : ça s'appelle la dissonance cognitive.

La dissonance cognitive, c'est en gros faire abstraction d'une croyance fermement ancrée en nous pour justifier les comportements qui vont à leur encontre, et le paradoxe de la viande est un exemple type de dissonance cognitive. Tenez Marc, Mathieu, je suis sûr que vous êtes tous fermement opposés à la souffrance animale. Vous vous êtes indignés devant la vidéo de ces adolescents qui martyrisaient un pauvre petit chat.

Pour autant Marc ça ne vous empêche pas d'être aficionado de la corrida, et de vous régaler devant un bon gros steak. Il est insupportable de voir un petit chaton se faire fracasser contre un mur ; parce qu'un chat, c'est un animal de compagnie que nous avons tendance à humaniser. Pour ce qui concerne la viande, les industriels font en sorte de gommer au maximum tout lien avec l'animalité et la mort. La perception de l'animalité évacuée, notre sens moral peut rester au fond de notre poche et nous pouvons, par la même occasion, nous régaler la conscience tranquille avec une bonne entrecôte. C'est ça la dissonance cognitive. Votre cerveau évacue certains principes moraux pour que vous puissiez en toute quiétude continuer à profiter de vos habitudes culturelles ou alimentaires.

Mais ce n'est pas tout, il y a encore autre chose. Le dernier élément qui a emporté ma décision de me lancer dans cette semaine sans viande, c'est la question de la résistance aux antibiotiques. Un problème qui préoccupe très fortement la communauté médicale : l'Organisation Mondiale de la Santé estime même que nous sommes à l'orée d'une période post-antibiotiques, et que cela risque de poser dans les années à venir un problème de santé mondial majeur. Imaginez un peu ce qu’il se passerait s’il devient impossible de traiter les infections avec des antibiotiques parce que les souches bactériennes sont devenues trop résistantes.

Or, 80% des antibiotiques dans le monde sont administrés au bétail, pas à l'être humain, antibiotiques qu'on retrouve dans le fumier qui sert à fertiliser les productions agricoles, qui passe donc dans les plantes et les céréales qui nous nourrissent, et qui nourrissent le bétail et la boucle est bouclée. Et une étude publiée au début du mois montre que même le fumier du bétail non traité aux antibiotiques favorise le développement de souches de bactéries résistantes.

Bref, voilà plein de bonnes raison pour, à défaut d'arrêter complètement de manger de la viande, au moins en limiter la consommation et je vous jure, Marc, qu'on profite tout autant d'un bon Pessac-Léognan devant une assiette de boulgour. Enfin, presque. Allez, plus que 4 jours.

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