LE DIRECT

ZAD et Parc Center

4 min
À retrouver dans l'émission

par François Angelier

2014 aura été, comme on le sait, l’année Sade. Mais elle aura été également, comme on commence à s’en rendre compte, l’année ZAD. Si le sadisme est poursuivi par la loi, si le sadéisme se fait aujourd’hui sorbonniser avec ardeur, le Zadisme est sans nul doute notre nouvel humanisme. Encore faudrait-il s’entendre sur le sens du mot. De quoi « Zadisme » est-il le nom ? Pour les uns, comme nous le rappelle Libération, les trois lettres Z.A.D. signifient « Zone à aménagement différé », mais à différer le moins possible pour en faire des « zones à développer » et à développer d’urgence face à tous les zazous en keffieh et autres zozos ruralistes qui zigzaguent entre les CRS. Pour les autres, les Z.A.D sont des « zones à défendre », à défendre contre tous les aménageurs cupides, développeurs rapaces, qui font de chaque ZAD, « zone à dividende », des ZAD, « zones affreusement défigurées ». La mort de Rémy Fraisse a fait de cette zizanie une tragédie. Le drapeau des éco-zadiste portent déjà le nom du furieuse mêlées, au Larzac d’avant-hier, au Fessenheim d’hier, ont succédé Notre-Dame des Landes, Sainte-Colombe en Brilhois, lieux où les « maisons de résistance » des Zorros du biotope forment le carré contre les baraques de chantier des Zorglubs de l’impérialisme lotissant protégés par les orques bleu-pétrole de l’état social-libéral. C’est dit. Mais le péril n’est pas seulement pavillonnaire, aéroportuaire ou autoroutier, il est également … néo-utérin. J’évoque la fameuse affaire du Parc Center de Roybon qui menace, dit-on, d’en cloquer le paysage et d’en sagouiner les équilibres naturels. On peut d’ailleurs se demander ce qui pousse, par familles entières, des européens à se reclure sous le dôme douillet d’un crypto-Éden tropico-aquatique servi par des agents de maintenance au visage lardé d’une sourire atrocement bienveillant. Sans doute ceci, que, pour un week-end, une semaine, ils échappent à l’histoire, à l’actualité, ils prennent, pour tout dire, congé du temps, s’absentent de l’horrible durée qui les trainent derrière son char l’année entière, lâche sur eux ses essaims harcelants de date-limite, d’heure de fermeture, de jour d’inventaire, de délais de carence, de minute de vérité. L’intérieur climatisé de ces couveuses géantes où tout n’est que « luxe, calme et volupté », entendez « milk-shake, hamac et jacuzzi » diffusent une paix utérine et un confort de berceau dont les Shengéniens raffolent. Mais, comme chacun sait ce qui fait le charme du bonheur c’est qu’il n’a qu’un temps, les délices de la sieste découlent de sa brièveté. Cela m’évoque, pour tout vous dire, ce roman de Jules Verne nommé « L’île à hélices », roman qui met en scène une île pour milliardaires, artificielle, mobile et motorisée, se déplaçant toute l’année à la surface des océans pour traquer le beau temps. Adieu caprices de la météo, c’est plein soleil l’année entière. L’île finit par sombrer, détruite, victime d’une guerre civile. Stockés sous cloche, soumis aux joies amniotiques d’un bonheur à chaleur réglable, l’homme fond, sombre victime d’une abêtissante liquéfaction. Pas de thermostat au Paradis. La direction de Pierre et vacances, qui gère les Parcs centers, souhaite, dit-on un compromis. Sans doute réside-t-il dans la création d’une serre géante pour arbres en pleine santé ou dans une bulle géante englobant un monde sans bulle. Quand on demandait à Alphonse Allais pourquoi il allait tout le temps au restaurant de la Tour Eiffel, il répondait : « c’est le seul endroit de Paris d’où on le voit pas ».

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......