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Ce que Jaroussky chante derrière ces grilles

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Philippe Jaroussky  « Vivaldi - Pietà sacred works for alto
Philippe Jaroussky « Vivaldi - Pietà sacred works for alto Crédits : Radio France

“Ô combien triste et affligée” extrait du Stabat Mater de Vivaldi, ici chanté par le contre-ténor Philippe Jaroussky et son ensemble Artaserse, extrait d’un très joli disque paru cet automne chez Erato. Vous me direz que le chanteur star du baroque chante Vivaldi, cela n’a rien de très nouveau, figurez-vous c’est le premier disque que Philippe Jaroussky consacre à Vivaldi depuis « Heroes » en 2006 et si vous y trouvez ce très célèbre Stabat Mater se cachent aussi des motets moins connus mais tout aussi lumineux et graves à la fois, registre oblige.

Le titre du disque « Piéta » indique évidemment la situation de la mère qui porte son fils mort sur ses genoux mais il fait aussi directement référence à la vie du compositeur Antonio Vivaldi, qui fut le maitre de violon de l’Ospedale della Pietà de Venise (de 1713 à 1740). Et ce sont derrière ces grilles historiques censées cacher les jeunes filles virtuoses qui venaient chanter aux offices qu’on devine le visage de Philippe Jaroussky en photo sur la couverture avec un air presque coquin, disons rêveur tendre, pour le moins inattendu dans ce répertoire sacré. Mais l’interprétation, elle, ne cède en rien, notamment dans ce motet moins connu : « Descends sur nous, ô voix du ciel »

Un extrait de « Longe Mala, Umbrae, Terrores » (Eloignez-vous maux, ombres, terreurs) c’est l’œuvre que Philippe Jaroussky tenait par-dessus tout à faire entendre dans ce disque du répertoire sacré du « prêtre roux ». Une pièce qui ouvre presque la voix à une interprétation plus opératique, contrairement au Stabat Mater où Jaroussky se fie à la musique de Vivaldi : « le simple fait qu’il ait repris la musique de ses trois premiers numéros musicaux dans les trois suivants indique à l’interprète qu’il ne doit pas chercher à exagérer les affects mais plutôt trouver quelque chose de plus d’intérieur, de plus humble face à la douleur de la Vierge ».

Enfin il ne fait pas que chanter Philippe Jaroussky, c’est son ensemble Artasese que l’on entend ici avec lui, il avait au départ formation de violoniste, avant d’exploiter sa voix très haute. En attendant de la voir peut-être un jour diriger Et chanter à la manière de Nathalie Stuzman, vous aurez plusieurs occasions de retrouver Philippe Jaroussky en 2015 : à venir un deuxième disque de mélodies françaises consacré à Verlaine, dans Alcina de Haendel sur la scène d’Aix en Provence (le rôle de Ruggiero) puis en projet la création d’un opéra avec Peter Sellars… On se quitte avec l’ouverture de ce motet de Vivaldi si important pour lui, mais sans destinées amères et infortunées.

Extraits diffusés :

O Quam Tristis

Descende, O Coeli Vox

Longe Mala, Umbrae, Terrores

Philippe Jaroussky « Vivaldi - Pietà sacred works for alto » (ERATO)

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