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Dead Obies, débat de langue et méta-texte

6 min

Montréal $ud (Bonsound)
Montréal $ud (Bonsound) Crédits : Radio France

« C’est par sa langue que vit une nation » (proverbe Hongrois). Vous entendiez ici le groupe Dead Obies, leur album Montréal $ud est paru il y a un an, on a pu les découvrir en France en décembre dernier, et s’ils ont fait quelques prestations remarquée sur notre sol les Dead Obies n’ont pas soulevé de polémique comme au Québec. Petit retour sur les faits : en nov 2013 paraissait « Montréal $ud » le premier album des Dead Obies, six garcons blancs de la banlieue Sud de Montréal. Les six jeunes Jésus se font remarquer dans plusieurs festivals notamment les Franco et ont été nommés dans différents prix (équivalents des Victoires de la Musique) album rap, Révélation, Chanson et Spectacle de l’année... bref gros succès pour un groupe signé sur un label indépendant. Mais plusieurs voix se sont élevées dans des journaux comme Le Devoir leur reprochant leur usage de la langue, exemple de « colonisation du peuple Québécois », un usage du franglais dangereux, dans son éditorial du Journal de Montréal Mathieu Bock-Côté se faisait un devoir d’alerter les québécois : « la créolisation du français [n’allait être] qu’une étape dans notre anglicisation »En réponse écoutez « Runnin’ » ou comme un pont jeté entre « My Adidas » de Run DMC et « Moi, mes Souliers » de Félix Leclerc. C’est aussi le pont Jacques Quartier, encore inachevé en 1929, que l’on voit sur la pochette du disque Montréal $ud, comme une métaphore de deux cultures encore séparées. Après des semaines de polémique entre anglo et francophones le groupe s’est décidé à répondre par voie de presse puis a publié en novembre dernier un livre qui expliquait les paroles de chaque chanson, avec lexique et explications ; sorte de meta-texte. Dans sa « réplique aux offusqués » le chanteur Yes Mccan explique à la fois que son multilinguisme n’est pas une menace, qu’ils ne sont pas les premiers à la pratiquer : « notre ambivalence de langage, notre hybride, notre mixité est d’abord un refus de prendre part à votre monde (...) Dead Obies se donne le droit d’exister en dehors du paradigme, en deçà de la superstructure anglo / franco qui gouverne la culture québécoise depuis des décennies, sans renouveau de discours, sans perspective fraîche ». A l’évidence vu d’ici les Dead Obies rafraîchissent aussi bien les oreilles que les idées. extraits diffusés : Get DoughRunnin’Swishalbum : Montréal $ud (Bonsound)

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