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EDEN : l’autre face de la French Touch

6 min

BO d’Eden
BO d’Eden Crédits : Radio France

Mélancolie et chant de la machine, vous entendez au fond Veridis Quo, une des musiques bien choisies pour le film de Mia Hansen Løve en salles aujourd’hui, EDEN. On entendait parler du projet depuis des mois, à propos d’un film qui parlerait des Daft Punk et de la French Touch, et bien pas du tout : c’est plutôt Illusions perdues qu’on retient à la fin de ce film plein de musique qui parle surtout de la perte d’innocence, de l’absence du père, de la fuite, de ce qui fait les liens d’amitié. Et contrairement au cliché d’une success story de l’electro française, on voit une grande histoire de perdants, même les Daft Punk (qu’on voit très peu, comme un gag récurrent) réussissent à chaque fois à se faire refouler à l’entrée des soirées.

Le contexte au départ : début des années 90, comment des jeunes gens découvrent en rave parties puis en club une musique qui va changer leur vie et l’ensemble de la musique même. Expérience hédoniste qui ressemble à un rêve, de plastique pourquoi pas (écouter Plastic Dreams - Robin Albers alias Jay Dee 1992).

EDEN un film « insomniaque et sans fatigue » comme l’écrit Philippe Azoury, souvent ambivalent aussi, des séquences se répètent et se contredisent, se complètent, comme si vous regardiez la face A puis la face B de la scène. Discours d’une mélancolie totale alors que sa musique ne parle que d’idéal et d’expérience collective. Un film assez modianesque, sur le souvenir avec ses personnages réels : on reconnaît derrière Paul, le personnage principal, le frère de la réalisatrice : Sven Love, DJ fondateur des soirées Cheers, dédiées au garage.

Cette aventure du gospel à la soul jusqu'au disco qui sera ensuite transformé par des DJ en soirées à NY ou Chicago avant d’arriver en France, elle est racontée aussi en BD dans le film (et dans la réalité) avec Le chant de la machine de Mathias Cousin et David Blot (Ed. Delcourt) très bonne bande-dessinée sous influence Robert Crumb signée des acteurs de la suite de ce mouvement (David Blot organisateur des soirées Respect et personnage du film).

La playlist du film est impeccable (malgré l’absence de véritables tubes « French Touch » comme ceux de Cassius, St Germain ou Stardust) et fait surtout apparaître des figures fondatrices comme Frankie Knuckles (qui disparaitra quelques mois plus tard) ou Tony Humphries qui apparaît dans le film. L’occasion de rappeler que cette musique vient des DJ noirs et de club gays, qui ont inventé un art du mix et du sampling, une troisième musique.

Le film dure plus de deux heures, mais c’est le temps nécessaire à l’immense champ musical et social qui est balayé : plus vous vous concentrez sur un petit groupe, plus il devient universel. On se quitte avec un rêve Sueno Latino, les "petites flutes" pour ceux qui iront voir le film.

extraits diffusés :

Veridis Quo – Daft Punk

Plastic Dreams – Jay Dee

Solid Ground (Spensane Vocal Mix) Jasper Street Company

Sueño Latino (Illusion First Mix) Sueño Latino

EDEN bande originale du film réalisé par Mia Hansen Løve (Hamburger Records)

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