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Fantaisie Militaire : Jeu d’épreuves

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« Je n'étais qu'une ébauche au pied de la falaise, Un extrait de roche sous l'éboulis » les mots de Malaxe, premier titre de Fantaisie Militaire, paru en 1998 résument presque l’objet qui vient de paraître. Fantaisie Militaire en 1999 c’est trois Victoires de la musique, un gros succès de ventes, étape majeure pour Alain Bashung et désormais cette ré-édition amplifiée.

Ce que vous entendez ce n’est pas l’album paru en janvier 1998 mais une des pistes de travail qu’on peut entendre dans ce coffret qui vient de paraître, plein de versions alternatives, inédites, avec démos, mises à plat, pré-productions, maquettes de travail... A la manœuvre Bashung et ses « bidouilleurs » comme il les appelait : Les Valentins, Richard Mortier, Jean Lamoot, entre autres. Alors question : est-ce que tous les chantiers se visitent ? Tant des chutes de studio ou de scènes coupées qui ne méritaient pas forcément de vie nouvelle. Hypothèse à la Truffaut : un disque est peut-être aussi un document sur son époque, et une genèse un récit de la production « in situ ».

On voit ici tout le jeu de découpe et d’écriture entre Jean Fauque et Alain Bashung qui retravaillent les textes à la virgule près, parfois plus de dix pages pour ne garder que quelques mots... le tout sans musique ni mélodie attachées. Exemple type (et parangon) « La Nuit je mens ». Si vous écoutez une des maquettes d’Angora vous entendrez, encore à l’état de glaise des morceaux de L’Irrél et ces mots « Vercors, voleur d’amphore... à la station balnéaire je me suis pas fait prier » qui deviendront La Nuit Je mens.

Un jeu de montage à l’écrit qui se trouve ici en prise directe avec les nouveaux outils que l’ingénieur du son Jean Lamoot fait découvrir à Baschung (débuts de Pro Tools combiné à QBase qui permettent de travailler sur 32 pistes, déplacer des parties de guitares en un clic).

Plusieurs titres passent à travers des versions très différentes, certains invités disparaissent même... on découvre par exemple cet « Ode à la Vie » duel avec Rachid Taha, somptueux.

Une couleur orientale qui va disparaître dans la version choisie finalement... Passionnant aussi les rapports plus ou moins distendus entre la vie privée de chacun et la musique qui en ressort : enregistrement dans un studio Place de Clichy avec appartement attenant (importance du cuisinier), Baschung en pleine séparation, sort de dépression (rare détail autobiographique : il évoque Le Pavillon des Lauriers la maison de repos qu’il a fréquenté à Meudon), Fauque vivait avec l’angoisse du suicide d’une proche, le guitariste Richard Mortier sera victime d’un infarctus après le travail de pré-production... Hiatus et décalages bien résumés par le titre Fantaisie Militaire

On finit avec le seul titre qui ne soit pas signé Baschung -Fauque mais Olivier Cadiot et Rodolphe Burger, en deux versions successives : d’abord celle choisie pour l’album, puis celle qui n’a pas été retenue, Samuel Hall. Certains chutiers se visitent très bien.

extraits diffusés :

Malaxe (pré-production richard mortier version 2)

La Nuit je mens (mise à plat version 1)

Ode à la vie (avec Rachid Taha)

Samuel Hall (version originale version alternative avec Rodolphe Burger)

Alain Bashung - Fantaisie Militaire – Coffret super Deluxe 3CD (Barclay)

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