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Journey avec Nick Cave : 20 000 jours sur Terre

6 min

20 000 jours sur terre
20 000 jours sur terre Crédits : Radio France

« J’ai cessé d’être humain à la fin du XXème siècle » déclaration même pas provoc’ de Nic k Cave, c’est le point de départ du film « 20 000 jours sur terre » qui sort aujourd’hui en salle : mélange de quotidien et d’irréel autour de la personne du chanteur, auteur et performeur australien, figure rock et flamboyante depuis les années 80 avec (entre autres) son groupe The Bad Seeds.
Nick Cave se présente simplement comme un cannibale qui dévore tout pour en faire des histoires ou des chansons. Et le mythe dévoreur se poursuit avec ce film de Iain Forsyth et Jane Pollard, réalisateurs et artistes anglais. Ils s’étaient fait connaître en 1998 avec « Rock’nRoll Suicide » une performance qui reconstituait le concert où David Bowie fit disparaître Ziggy Stradust, mais 25 ans plus tard. Ici le procédé plus cinéphile mais tout aussi fantômatique : filmer Nick Cave chez lui dans une journée qui serait ordinaire dans sa maison à Brighton. Il rend visite à son ami Warren Ellis, mange une pizza avec ses enfants, et quand il est au volant de sa voiture, des fantômes ou des amis passés réapparaissent. Blixa Bargeld son ancien guitariste, explique pourquoi il est parti, Kylie Minogue – avec qui il avait fait un fameux duo – lui avoue sa peur d’être oubliée (belle scène où la chanteuse retrouve le glamour de Holy Motors)

« Sens-tu mon cœur qui bat ? » la séance d’enregistrement de l’album Push The Sky Away captée in vivo avec ses recherches de rythmes, ses fulgurances... C’est l’un des intérêts de ce film : capter à la fois la relation du chanteur au public sur scène (comme une performance de transformation) et assister au processus créatif, au chaos voulu par Nick Cave mais de façon scénarisée. L’ex-Grinderman raconte comment il écrit une chanson, la clé étant le contrepoint : « vous laissez un jeune enfant en présence d’un psychopathe, et vous regardez ce qui se passe ».Mais l’idée la plus singulière du film tient à éviter l’interview directe ou le des scène écrites en passant soit par les fantômes (apparitions d’amis ou les documents d’archives qu’il commente) soit par la psychanalyse. Nick Cave filmé sous toutes les coutures, ses yeux bleus vifs (souvent rougis), interrogé donc par un psy, Darian Leader (très connu en Angleterre, fondateur du Centre d’analyse et de recherche Freudienne). Ce qui produit des scènes très fortes, où Nick Cave parle de son rapport à son père, à la drogue et à l’église (autrefois liés pour lui), et surtout de sa plus grande angoisse : perdre la mémoire. Ce qui reviendrait à perdre la capacité de transformation « j’ai créé un monde avec mes mots, les scénarios, livres ou chansons, et ne plus pouvoir l’organiser, ériger des mythes, serait un traumatisme profond ». Trauma transport et transformation à l’œuvre ici donc. On se quitte avec Jubilee Street « Je me transforme, je vibre, je rougeoie » extraits diffusés : Higgs Boson Blues (séance de studio) Give us a kiss (séance de studio) Jubilee Street (live)« 20 000 jours sur terre » film de Iain Forsyth et Jane Pollardalbum : Push The Sky Away (Bad Seeds Ltd)

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