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Keith Jarrett inédit : Hambourg 72’, voyage antérieur

5 min

Hamburg ’72 : Keith Jarrett
Hamburg ’72 : Keith Jarrett Crédits : Radio France

Que se passait-il le 14 juin 1972 à Hambourg ? Vous allez me dire aux premières notes on est dans un bar d’hôtel en train de commander un cocktail, pas faux, mais pas du tout exact. Vous êtes au NDR Norddeutscher Rundfunk de Hambourg (radio allemande) et c’est Keith Jarrett ici au piano. Ce que vous écoutez est inédit, un enregistrement jusqu’ici pirate qui vient de paraître chez ECM avec 42 ans de retard : Hamburg 72’. C’était là l’une des dernières tournées du trio de Keith Jarrett (formé en 1966) et le groupe passait en 6 morceaux et 56 minutes par tout les états du jazz pendant ce concert : voyez déjà ce que devient la musique quelques minutes plus tard…

Rainbow ouverture intime pour ce concert de Hambourg, composition signée de Margot Jarrett, son épouse d’alors. Il faut voir les photos qui captent cette soirée : à gauche Charlie Haden, ancien contrebassiste d'Ornette Coleman (lunette de prof et tunique en lin) à droite le batteur de Bill Evan (trio), Paul Motian, catogan grisonnant. Keith Jarrett, lui, porte moustache et coupe afro, l’air tout droit sorti d'un film de blacksploitation (petit rappel, il est né en Pennsylvanie, descendant d'immigrants écossais et hongrois). Mais surtout Jarret abandonne volontiers le piano, pour la flûte ou les percussions, et vogue indienne oblige, se laisse séduire par les sonorités orientales. Là encore dans « Everything that lives laments » la musique va beaucoup évoluer en une dizaine de minutes, Jarrett explore des registres du jazz moderne depuis les balades jusqu'au swing en passant par le free-jazz, l'abstraction, et même la musique répétitive par endroit.

Dans les concerts de Keith Jarret, tout prend une autre dimension : le concert de Cologne en 1975 (le fameux Köln concert) reste une des plus grosses ventes de jazz au monde (plus de 3,5 millions d’exemplaires vendus) mais l’improvisateur a des demandes rituelles très strictes : pas de photos, aucun bruit ni interjections, sans quoi il quitte la scène. Ce qu’il fit lors de son dernier concert solo à la salle Pleyel en juillet 2014, dérangé par un spectateur « L’improvisation demande que les conditions soient remplies pour que l’artiste puisse créer de la musique. Cet incident -provoqué par un Américain et non par vous Français- a tué la musique en moi. Je n’en ai plus à vous donner. C’est comme ça. »

Moins difficile en 1972 Jarrett joue tout, y compris un hommage à Ornette Coleman où il prend cette fois-ci le saxophone soprane, très free, forcément.

Ce concert inédit de 1972 c’est aussi celui d’un survivant : le batteur Paul Mautian disparu en nov 2011, Charlie Haden est mort lui cet été. C’est à ce moment que Manfreid Heicher, fondateur du label ECM a décidé de remixer les bandes originales. L'urgence du concert, dans ces derniers moments du trio avant que Jarrett ne passe au quartet, plus présente que jamais. Take me back.

Extraits diffusés :

Rainbow

Everything that lives laments

Piece For Ornette

Tame me back

Hamburg ’72 : Keith Jarrett, Charlie Haden, Paul Motian (ECM)

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