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Kendrick Lamar, histoire de JE

6 min

C’était une des surprises de ce mois de mars, la sortie du nouvel album de Kendrick Lamar. Kendrick Lamar, 27 ans, sorti « tout droit de Compton » (banlieue de Los Angeles) et en passe de s’imposer comme un des rappeurs les plus écoutés de la planète (plus de 9,6 millions d’écoutes le seul jour de sa sortie sur Spotify, leader Suédois de l’écoute en streaming).

Lamar
Lamar Crédits : Radio France

Premier mots du disque : "Every nigger is a star " c’était un titre du crooner jamaïcain Boris Gardiner en 1973. Citations et phrases en coup de force c’est un peu la recette de ce troisième album aussi brillant que complexe (coup de force encore, pour un produit dit « mainstream »).

Mais je parle et vous ne l’avez toujours pas entendu : entrée de Kendrick Lamar, suivi de George Clinton "Wesley's Theory"

Outre George Clinton et son P-Funk on retrouve dans l’album des samples de Michael Jackson, de Fela, James Brown, Sly & The Family Stone : à l’exception de Sufjan Stevens, toutes les citations viennent de figures qui ont pensé, chanté, dansé la condition noire. C’est toute une histoire de la musique et du corps afro-américain que raconte Kendrick Lamar ici, du hip-hop post 11 septembre jusqu’au jazz de l’après-guerre.

Derrières les jeux de mots "explicites", Kendrick Lamar signe un album résolument politique, « engagé et réaliste » comme souligné dans Le Monde. K-Dot médite sur les émeutes de Ferguson, et alors que l’on fête cette année le cinquantième anniversaire des émeutes de Watts (août 1965), Lamar dénonce les violences policières mais aussi le silence autour des crimes des gangs. Examen de conscience peu complaisant, où il se présente comme « le plus gros hypocrite de l’année » (The Blacker the Berry).

La photo de Denis Rouvre en couverture apparaît comme un cauchemar WASP : une troupe d’hommes et d’enfants noirs triomphants, liasses de billets et bouteilles à la main posant devant la Maison blanche avec à leurs pieds un juge blanc abattu. Mais la choc esthétique reste avant tout musical : un rap jazzy avec flûtes et violoncelles, des musiciens comme Robert Glasper ou Ambrose Akinmusire croisent les producteurs Flying Lotus et Pharrell Williams (Dr. Dre, lui est crédité en qualité de producteur exécutif ce qui signifie?). A souligner, la présence récurrente de Terrace Martin, saxophoniste fils d’un batteur de jazz devenu producteur et rappeur, présent sur 12 des titres de l’album.

Kendrick Lamar lui, semble capable de tout, décomposant ses phrases, enflé et théâtral il joue même le drunken style (U) et les ruptures de style, dans un album qui gagne en densité à partir de sa moitié.

Osons l’image : « To pimp a butterfly » c’est un peu Les Essais de Montaigne dans le monde du rap : Lamar parle de tous les sujets possibles, de sexe, de politique, d’institutions, de morale et s’appuie sur sa lecture de plus de 40 ans de musiques populaires, dialoguant littéralement avec les morts comme dans la fin de l’album où la voix Tupac croise la sienne.

Enfin Lamar n’aura pas les problèmes de Robin Thicke & Pharrell Williams puisque les samples, emprunts et inspirations sont tous mentionnés comme le titre « That Lady » des Isley Brothers, qui offre à Lamar le tube ego de l’album « I ». Tout est histoire Je.

(mc)

extraits diffusés :

Wesley's Theory

For Free

Institutionalized (feat. Bilal, Anna Wise & Snoop Dogg)

I

Album : "To Pimp A Butterfly" (Interscope)

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