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Matthias Goerne : Voyage d’hiver, sans distanciation

5 min

Matthias Goerne
Matthias Goerne Crédits : Radio France

« Gute Nacht - Bonne nuit » premier des 24 lieder du Voyage d’hiver de Schubert... le début – un peu funèbre - de ce Winterreise devenu presque un « tube » romantique, ici interprété par Matthias Goerne avec Christoph Eschenbach. Petit rappel des faits : ce Voyage d’Hiver c’est celui d’un jeune amoureux transi, dans tous les sens du terme : il vient de découvrir que la femme qu’il voulait épouser ne lui a pas été fidèle, prend la route, seul, en hiver, ses larmes gèlent, il pense à la mort tout le temps, passe devant un ruisseau gelé, un corbeau le suit, il tombe sur un cimetière au lieu d’une auberge... peu de signe d’espoir pour le voyageur. Mais toujours chez Schubert ce mélange de rire et de tristesse (Lachen und weinen) quand il croit voir de bouquets et entendre chanter les oiseaux : « Ah vous vous moquez du rêveur qui a vu des fleurs en Hiver ? ».

Récemment un chanteur faisait remarquer qu’en musique les métaphores de couture touchent à la vérité du métier (souci des piqures, travail des matières, tout un registre technique comparable). Ici Matthias Goerne, 47 ans, remet sur le travail un Winterreise qu’il chante depuis presque un quart de siècle et qu’il a déjà enregistré deux fois (la dernière c’était avec Alfred Brendel au piano, en concert à New York).

Matthias Goerne habité par Franz Schubert puisque c’est là le neuvième volume d’une anthologie commencée en 2007. Onze CD de lieder – de chant- avec différents pianistes, qu’il choisit à chaque fois en fonction de leur connaissance du texte, des poésies, autant que de la partition. Les mots de Wilhelm Müller ici allégés d’intention explicative : « Tout n’est qu’un jeu de feu follet »

Irrlicht – Feu Follet qui finit par ces mots : « Tous les fleuves vont à la mer, toutes nos peines à la tombe » il y a beaucoup à jouer de la part du chanteur dans un tel cycle, et le risque de trop se mettre en scène. Il avait pourtant accepté cet été Matthias Goerne de chanter ces lieder dans une mise en scène (avec William Kentridge) ce qu'il avait toujours refusé jusqu'ici par crainte d'effet kitch ou sentimental. On entend ici « le théâtre, sans la théâtralité » comme l’a écrit un critique (Gilles Macassar pour Télérama). Matthias Goerne héritier de la tradition du lied qui se distingue de Dietrich Fischer-Dieskau dont il a été l’élève (qui lui avait enregistré une quinzaine de version du Winterreise) « On ne chante plus en déclamant de façon distanciée. Etre simplement le narrateur c'est quelque chose que je ne peux pas comprendre » Le Courage de l’interprète donc, courage.

extraits diffusés :

Gute Nacht

Frülingstraum

Irrlicht

Mut

Franz Schubert – Winterreise par Mathias Goerne (baryton) et Christoph Eschenbach (piano) Intégrale Schubert Edition (label : Harmonia Mundi)

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