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Murat & Delano : beau Babel

5 min

Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra Babel
Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra Babel Crédits : Radio France

Il a adapté Baudelaire, chanté avec Mylène Farmer, publié dessins et poèmes, dialogué avec Christine Angot, joué pour Laetitia Masson… et depuis 25 ans il livre bon mal an – ou presque- un album chaque année, obligé du coup d’apparaitre à l'occasion pour jouer aux interviews le jeu du misanthrope, sauvage et lettré. Vous entendez ici Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra. Le trouvère auvergnat et un jeune groupe de Clermont Ferrand qui publient cette semaine un double album : Babel. Moins la tour que le village de Saint-Babel dans le Puy de Dôme que Murat chante ici, même s’il y a des accents bibliques et donc soul dans ce nouvel album (voir Le Blues du cygne).

Quelques désillusions, beaucoup de désir et de mort dans les chansons de Murat de ce nouveau recueil, on apprend même du vieil auvergnat : il parait que « Mujade Ribe » veut dire « Voici, l’orage. Le temps mauvais vient ». Climat chargé et paysage nourrissier toujours chez Murat, qui devient presque familier même pour qui n’est jamais allé en Auvergne. On retrouve le puy de Sancy, le Crest ou la Bourboule, et bien sûr Chamablanc (ce n’est plus le berger de Chamablanc mais Le jour qui se lève sur Chamablanc). Chargées de terre et de pouzzolane, de géographie et d'anciennes histoires. De vieilles chansons comme "Nous n'irons plus au bois" qui avait donné ce beau titre au roman d'Edouard Dujardin Les Lauriers sont coupés. Monologue intérieur aussi chez Murat pour ce qui s’impose comme un des grands morceau du disque – plus de 7mn- celui qui ouvre en majesté le deuxième volet. Plus que du paysage, Murat parle de ceux qui le constituent, à l’intérieur de leur vie, de petits détails (assez behavioriste) des haines sourdes qui d'un coup affleurent…

Beaucoup de directions musicales permises ici avec cette collaboration entre Murat et le Delano Orchestra, guitares, violoncelle et trompette mais pourquoi pas boite à rythme. Murat qui dit régulièrement son accablement de voir des jeunes musiciens (comme eux d’ailleurs) incapable de chanter en français. Murat désespéré récurrent - son premier titre était Suicidez vous le peuple est mort (45 tours 1981) et pas sans raison parfois. Il y a de très beaux morceaux comme Chacun vendrait des grives qui raconte la fin d'un village de 3009 à 114 habitants (en comptant les enfants) ou encore Les Ronces qui finit sur ces derniers mots “Tout est mélancolie. Voilà le grand poison”. On finit avec dernier titre que certains ont peut-être pris comme une blague, “une pitrerie”, destiné et réalisé par des enfants qui dit beaucoup du geste de transmission de Murat, émouvant jusque dans la gaité.

extraits diffusés :

J'ai fréquenté la beauté

Blues du Cygne

Le jour le lève sur Chamablanc

Camping à la ferme

Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra “Babel” (PIAS)

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