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Nathalie Stutzmann : les seconds seront les premiers

5 min

Heroes from the shadows
Heroes from the shadows Crédits : Radio France

« Je serai tel le vent qui souffle sur l’incendie, et j’attiserai la colère. Et quand sera éteint tout l’orgueil ennemi, je jouirai seul de la faveur du trône » Ce ne sont pas les mémoires d’un ancien ministre mais les mots de Cleone dans Alessandro de Haendel... Le macédonien veut dénoncer les conspirateurs qui entourent Alexandre le Grand, c’est un de ces héros de l’ombre (heroes from the shadows) aussi capital en politique que dans l’opéra séria. Ce sont eux que Nathalie Stutzmann a voulu mettre en avant dans ce disque qui parait cette semaine. Nathalie Stutzmann d’abord contralto lyrique, timbre grave et rare, mais aussi chef d’orchestre, elle chante et dirige son propre ensemble, Orfeo 55 depuis 2009. Une position de premier plan qui ne l’empêche pas de s’intéresser aux personnages secondaires qui, dans une administration comme à l’opéra, sont les nœuds de l’action : ils espèrent, complotent ou ils rayonnent dans un aparté tel Ottone dans Agrippine, seule figure intègre au milieu des intrigues sexuelles et politiques destinées à faire accéder Néron à la suite de Claudius.« Voi che udite il mio lamento : Vous qui entendez ma plainte, compatissez à ma douleur. Je perds un trône que je méprise, mais ce trésor qui m’est si cher, hélas, le perdre est un tourment qui me perce le cœur ». On est au milieu du deuxième acte d’Agrippine, Ottone se lamente. Comme le fait remarquer le livret, pour des contraltos féminins, Haendel a souvent écrit des rôles de personnages masculins peu recommandables (Dardano aime la femme de son meilleur ami, Polinesso complote pour prendre le trône d’Ecosse et épouser la fiancée de son rival...). Plus positif et sincère, il faut entendre Claudio dans Silla « Ecoute ma belle idole » très bel air voix seule et théorbe (presque une complainte à la guitare) rarement enregistré. Ecoutez pour finir Cornelia dans Jules César, en duo avec Sesto (ici Philippe Jarousski ) : « Je suis né pour pleurer / né pour soupirer (...) si le destin nous a trahis, jamais plus nous ne pourrons espérer un jour heureux et serein » Qui a dit qu’on ne brillait pas dans l’ombre ?

extraits diffusés :

Cleone “Sara qual vento” - Alessandro

Ottone “Voi che udite il mio lamento” – Agrippina

Cornelia, Sesto “Son nata a lagrimar” Giulio Cesare

George Friedrich Haendel

Heroes from the shadows - Nathalie Stutzmann Orfeo 55 (Erato)

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