LE DIRECT

Perfume Genius vertige baroque

5 min

Perfume Genius
Perfume Genius Crédits : Radio France

« Ne connaissez vous pas votre reine ? » Vénéneuse à l’évidence avec Perfume Genius qui chante fièrement Queen (titre manifeste) au début de son nouvel album « Too Bright ». L’alias de Mike Hadreas, jeune auteur de Seattle, est emprunté au personnage de Patrick Süskind dans « Le Parfum ». Idée capiteuse puisqu’à l’image de Jean-Baptiste Grenouille, la musique de Perfume Genius donne le vertige entre une voix très pure et le récit trash. Mike Hadreas s’est fait connaître avec deux albums où il a abondamment raconté sa vie : adolescent il se fait tabasser à plusieurs reprises en raison de son homosexualité, un temps prostitué puis travesti, il a tout raconté de ses addictions aux drogues, de ses rapports conflictuels à sa mère alcoolique, du suicide d’un ses professeurs (Mr. Petersen) ... le tout avec une voix bouleversante (qui rappellera celle d’Antony Hegarty à certains). Le propos ne s’adoucit pas vraiment ici quoique : Fool ou le bouffon de l’amour

Michael Stipe, le chanteur de REM, voit en lui le successeur de Patti Smith, peut-être à cause de ce mélange de récit cru et de poésie. Là où son premier album ‘Learning’ (2010) avait une dimension cathartique, très intimiste (il avait été réalisé entièrement dans sa chambre) “Too Bright”, moins versé dans l’écriture de soi, illustre plutôt la maîtrise de ce qu’il définit comme « une rage sournoise qui n’a fait que grandir depuis mes 10 ans et qui bouillonne à peine ».

Hadreas avoue avoir souhaité s’approcher de la beauté brute de quelqu’un comme Polly Jean Harvey « viscérale et sans filtre ». On ne s’étonne pas dès lors de retrouver ici John Parish ( fidèle partenaire de la chanteuse anglaise) ici à la batterie. Le son et l’orchestration s’enrichissent encore ici avec une touche glam, l’ensemble est produit par guitariste de Portishead (Adrian Utley). De griffes et de crocs oui, mais sur du velours, en somme.

Certaines phrases vous restent en mémoire, comme dans une de ses chansons les plus connues, Hood, qui commençait ainsi : « Jamais tu ne m’appellerai chéri si tu me connaissais vraiment ». Dans No Good il résume ainsi « pour moi l’amour a toujours été un objet caché, moment volé sur l’instant, qui demeure un temps très court, avant de vous être arraché comme un enfant qu’on tient dans ses bras ». Sortez les mouchoirs vous allez me dire, sauf que, ce sont vraiment des torch songs qu’on entend ici et Mike Hadreas s’inscrit autant entre des écrivains comme Jean Genet ou Denis Cooper que du côté de Billie Holiday. C’est en tout cas thèse du critique du New Yorker, qui ne relève pas la seule faute de gout de l’album, le titre I’m A Mother. On se quitte sur un titre aussi brillant que suffoquant : My Body

extraits diffusés :

Queen

Fool

No Good

My Body

album : Too Bright (Matador)

concert : 11 nov. Maroquinerie, Paris

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......