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Playing Carver : traduire dit-il

5 min

Playing Carver
Playing Carver Crédits : Radio France

« Réduit à une coupe de cendres et quelques petits os. Ce n'est vraiment pas une façon de finir sa vie d'homme. » Ainsi s’achève Le pré, un des poèmes de Raymond Carver paru dans La Vitesse foudroyante du passé . Le passage en musique est signé Playing Carver : entendez « jouer Carver », « jouer avec Carver » ou même « jouer à être Carver… », les enjeux de traduction au cœur de ce disque paru le mois dernier. Au départ, la rencontre fortuite du côté de Pantin en mai 2012, d’un ensemble de musiciens européens, de guitares et d’orgues avec l’œuvre d’un écrivain américain (disparu en 1988, surtout connu pour ses nouvelles). Ce devait être une petite série de concerts, c’est devenu un disque aujourd’hui en tournée.

Comment par la musique travailler le dépouillement au cœur de l’écriture de Carver ? C’est la contrainte (et donc la liberté) qui unit chacun des musiciens, ils sont sept à avoir chacun écrit une ou deux compositions, à partir d’une nouvelle, inspirée (directement ou pas) d’un poème ou d’un mot de Raymond Carver.

Une italienne installée à Berlin (Marta Collica) un Gaspard la Nuit français, un guitariste Hongrois (Csaba Palotaï) et quelques autres musiciens (Jeff Hallam, Boris Boublil, Marion Grandjean) dont un certain John Parish qui signe le morceau d’ouverture : « That Car ». Ou comment écrire la déception d’une vie en trois couplets, à cause d’une voiture jamais achetée… exercice « à la manière de » signé John Parish.

« L’anglais de Carver est très américain, très particulier, précise Gaspard la Nuit – un des membres du groupe - quand on lit une traduction française, on perd quelque chose, et parfois on gagne autre chose, c’est très étrange. On essaie donc de faire se rencontrer tout cela à travers la musique ». D’où ce disque multilingue, anglais, français et italien « Traduttore, traditore » dit-on.

« La Fine dei Segreti » inspiré d’une nouvelle de Raymond Carver, Raymond le "sculpteur" en anglais. Le traducteur n’est pas toujours le plus infidèle : Jean-Pierre Carrasso, un de ses traducteurs pour les Editions de l’Olivier, raconte que Carver a parfois été trahit par son propre éditeur (Gordon Lish) qui retouchait certains de ses textes « Il a aidé Carver à ajuster son nœud de cravate (…) s'est efforcé de rendre Carver "élégant" et elliptique alors que celui-ci ne cherchait pas forcément à l'être »

Hasard ou pas, Gaspard la nuit, qui pourtant a lu Carver en anglais, préfère le travailler à partir du français : retour à Carver et à La Vitesse foudroyante du passé. Beau travail.

extraits diffusés :

Le pré

That Car

La Fine dei segreti

Listen to the Doctor / La Vitesse foudroyante du passé

Playing Carver (Trois Heures Moins le quart) les concert reprendront en 2015

La Vitesse foudroyante du passé (Ed. de l’Olivier) trad. par Emmanuel Moses.

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