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Plongé sur son piano, dans ses paroles: Benjamin Clementine

4 min

Album  At least For Now
Album At least For Now Crédits : Radio France

"Si nous sommes maîtres des mots que nous n'avons pas prononcés, nous devenons esclaves de ceux que nous avons laissé échapper" "Pourquoi cette citation de Winston Churchill ? Non que je sache comme Jean d’Ormesson, placer une phrase célèbre à propos de tout (pas du tout) ; la chanson que vous entendez s’appelle “Winston Churchill’s Boy ».

Et sans doute Benjamin Clémentine, a-t-il lui aussi mesuré la question du poids des mots (et de notre maîtrise sur eux) avant la sortie aujourd’hui son premier album « At least For Now » (traduisez : Du moins pour l’instant).

Benjamin Clementine a 26 ans et une voix de ténor spinto qui fait grosse impression pour ceux qui l’ont vu sur scène. Je vous fais un croquis, il fait presque deux mètres, joue souvent torse nu avec un long manteau de laine, coupe afro taillée tout en hauteur, et quand il est au piano joue sur un tabouret haut comme en plongée sur le piano...

« London » le rejet ou l’appel d’une ville, savoir où trouver sa place, où l’on pourra réussir ce qu’on souhaite, il y a un mélange indémêlable de fiction et d’histoire vraie dans ses chansons de Benjamin Clementine. « Personne n’est prophète en son pays » dit-il à un moment dans le disque ; or lui-même a quitté Londres il y a quelques années, pour venir à Paris, sans parler un mot de français, il chante et joue dans les bars ou le métro, se fait remarquer pour une intensité, une théâtralité qui ne s’oublie pas. Ce qui lui vaut parfois d’être comparé à une chanteuse et pianiste disparue, écoutez « Gone » justement…

« Je suis un expressionniste ; je chante ce que je dis, je dis ce que je sens et je ressens ce que je joue avec honnêteté, rien d’autre que de l’honnêteté ». Peut-être pour cela que Benjamin Clementine cite régulièrement Léo Férré, Brel ou Piaf comme des modèles, notamment pour l'importance des mots, leur articulation dans la chanson. (En même temps peut-être aussi pour nous flatter qu’il le dit).

Toujours est-il que si vous allez le voir demandez-lui ce qu’il écrit dans son dictionnaire personnel (paraît-il en cours sur le modèle d'Ambrose Bierce… allez on finit justement avec ce mot du Dictionnaire du Diable : "Langage n. Musique avec laquelle nous charmons les serpents qui gardent le trésor d'un autre". Adios.

Extraits diffusés :

Winston Churchill’s Boy

London

Gone

Adios

Album « At least For Now » (Barclay)

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